Quatrième du général, une chute samedi, une remontée de caractère dimanche. Tim Gajser a signé ses débuts chez Yamaha sous le signe de l’apprentissage. Pas de victoire ni de podium mais une solide entrée en matière que le quintuple champion du monde analyse avec discernement. Plus que quiconque, il sait à quel point une saison mondiale peut être longue.
Bariloche, ses chocolateries, ses paysages andins à couper le souffle… et depuis le week-end dernier, son circuit de motocross. Pour la première fois de son histoire, la ville patagonienne a accueilli le championnat du monde MXGP — et avec lui, l’une des pages les plus attendues de la saison 2026 : les grands débuts de Tim Gajser sous les couleurs Yamaha.
Le Slovène de 29 ans a roulé en rouge durant plus d’une décennie. Champion du monde à cinq reprises avec Honda, il a opéré sa grande mutation cet hiver en rejoignant le Monster Energy Yamaha Factory MXGP Team. Une rupture rare dans une carrière aussi linéaire, et forcément chargée de symboles.
Samedi noir, dimanche de caractère
Le week-end n’a pas démarré sous les meilleurs auspices. Lors de la course qualificative du samedi, Gajser a chuté lourdement après avoir atterri sur un pilote beaucoup plus lent à la sortie d’un saut. Le Slovène a heurté le sol avec violence, et s’en est tiré sans blessure grave mais avec une douleur persistante au bras supérieur. Une entrée en matière douloureuse, qui aurait pu briser l’élan.
Mais « Tiga » n’est pas du genre à se laisser abattre. Dès la première manche du dimanche, il a pris le départ hors du top 10 avant de remonter méthodiquement jusqu’à la sixième place au drapeau à damier, s’appuyant sur son expérience et sa lecture de course. La deuxième manche a été nettement plus convaincante : un départ bien meilleur lui a permis de décrocher la troisième place, pour un quatrième rang au classement général de la journée.
Au classement provisoire MXGP, le Slovène pointe à la cinquième place après ce premier round, avec 36 points. Son grand rival annoncé Jeffrey Herlings (cinq titres mondiaux lui aussi), a pour sa part signé un 1-1 impeccable pour sa première sous les couleurs Honda HRC.
« On doit se concentrer sur les aspects positifs »
Au soir de ce premier round, Gajser a livré une analyse sans fard, loin de toute autosatisfaction mais aussi sans catastrophisme. « Il faut se concentrer sur les points positifs, notamment la deuxième manche. Les choses se sont améliorées à chaque session ce week-end, et c’est une base sur laquelle on peut construire. Bien sûr, je veux me battre à l’avant, mais ça viendra. J’étais aussi en bataille avec la piste tout le week-end. C’est un circuit très particulier, avec très peu d’adhérence. On a maintenant deux semaines avant le prochain Grand Prix, donc on va continuer à travailler dur pour être prêt pour l’Espagne. »
Il a précisé que le week-end avait livré beaucoup d’enseignements malgré ses irrégularités, notant que la deuxième manche avait notamment montré des signes encourageants. Pas de victoire, pas de podium, mais une courbe ascendante que le quintuple champion sait lire mieux que personne.
Ce discours de la progression tranche avec le statut de favori qu’on lui prête volontiers. Mais il est cohérent avec ce que Gajser martelait en amont du week-end : « Mon objectif pour ce premier GP, c’est d’apprendre un maximum. Évidemment, je veux faire un bon résultat, mais je dois rester réaliste. Je suis dans une nouvelle équipe, avec une nouvelle moto — il y a des inconnues. »
Corvers : « La qualité avant la quantité »
Du côté de l’équipe Yamaha, Hans Corvers a observé ce baptême de feu avec la sérénité d’un patron qui sait que la saison est longue. Le team manager belge, qui gère l’équipe depuis ses années KEMEA en MX2, a choisi cette année de réduire l’effectif à deux pilotes — Gajser et Renaux — une décision qu’il résume d’une formule : « La qualité prime sur la quantité. »
Avant le départ en Argentine, Corvers soulignait que Yamaha avait abattu un travail considérable sur la machine durant l’hiver, et que les deux pilotes se montraient très satisfaits de la nouvelle YZ450FM. La chute du samedi n’était bien sûr pas dans le script, mais le team manager ne tire pas de conclusions hâtives.
Corvers ne cache pas ses ambitions de titre, mais les blessures répétées des saisons 2024 et 2025 l’invitent à la prudence dans les déclarations. Son objectif affiché est d’abord de compléter une saison pleine, sans forfaits — et de peser sur chaque Grand Prix. « On veut se battre à l’avant. Mais je ne vais pas parler de titre mondial. Regardez les saisons passées — on a souvent été rattrapé par la malchance. L’objectif, c’est d’avoir l’un de nos pilotes sur le podium à chaque Grand Prix. Ensuite, on verra jusqu’où ça nous mène. »
Un discours mesuré, mais derrière lequel se profile clairement la conviction que cette paire Gajser-Renaux est la plus solide que Yamaha ait alignée depuis des années.
Cap sur l’Andalousie
Le championnat du monde se déplace désormais vers l’Espagne pour le MXGP d’Andalousie, les 21 et 22 mars. De quoi prendre le temps nécessaire pour affiner les réglages, digérer les données de Bariloche, et préparer la suite. Pour Gajser, chaque session compte dans cette phase de rodage avec la YZ450FM.














