Ce week-end, le championnat AMPL sera à Lontzen, en région germanophone. Un défi pour les organisateurs après 60 ans d’absence. On en parle avec François Bölting, président, et Julien Halleux, secrétaire : retour sur des années de préparation, les défis rencontrés, les valeurs du motocross et les ambitions du club pour l’avenir.
Le motocross revient à Lontzen après plusieurs décennies d’absence. Qu’est-ce que cela représente pour vous et pour la région ?
Nous sommes évidemment très heureux d’être enfin parvenu à trouver un terrain adéquat et d’avoir obtenu le précieux sésame qu’est le permis d’environnement nous permettant d’organiser un tel événement ! Au vu du nombre de membres inscrits à notre club, je pense que nous devrions faire beaucoup d’heureux. Cela témoigne en tout cas de l’engouement pour ce sport dans l’est du pays, et nous espérons sincèrement que cet enthousiasme se confirmera à l’occasion de cette première édition.
On parle d’un retour depuis la fin des années 60 à Lontzen, avez-vous conscience d’écrire une nouvelle page de l’histoire locale du motocross ?
Nous en avons évidemment bien conscience car en tant que passionnés nous connaissons parfaitement l’histoire de notre club et de ses activités depuis sa création. Et il est vrai qu’au fil des années, parmi les différents circuits exploités par le CMC dans les villages de La Calamine, Gemmenich et Hergenrath, plusieurs organisations ont également eu lieu sur le territoire de la commune de Lontzen. Avec ce retour nous espérons naturellement redoré l’image de notre sport tant auprès des habitants de Lontzen qu’auprès de ceux du nord de la Communauté germanophone qui n’ont plus eu l’occasion d’assister à ce genre de spectacle dans la région depuis 2000, année de la dernière édition d’un cross organisé par le CMC.
Le Calaminia Moto Club existe depuis la fin des années 60 et a marqué les années 70-90 avec de grandes organisations : est-ce un clin d’œil à cet héritage ?
Plus précisément en 1969 qui est l’année de création officielle auprès de l’administration communale. À cette époque, il était même question d’organiser de grands cross internationaux, avec la présence de grands noms tels que Gaston Rahier, Heikki Mikkola et Akira Watanabe, pour ne citer qu’eux. La liste pourrait d’ailleurs être encore bien plus longue, mais nous risquerions de ne plus nous arrêter !
Aujourd’hui nous n’en sommes bien évidement pas encore là, mais je considère que pour une première organisation avec ce nouveau comité, accueillir une manche du championnat AMPL qui est tout de même une des plus grandes fédérations de Belgique, constitue déjà un très bon début.
Le comité actuel a repris le club en 2020 : comment s’est passée cette reprise ?
Cela n’a pas été de tout repos, car nous entrions de plein pied dans le confinement qui allait finalement durer plusieurs semaines voire plusieurs mois. Il n’a pas été évident de se mettre en règle sur le plan administratif car en tant qu’ASBL il y a tout de même quelques démarches à réaliser pour être en ordre auprès des administrations dès qu’une modification intervient. Chaque changement décidé lors de l’assemblée générale doit notamment être publié au Moniteur belge afin d’être officiellement enregistré. Comme nous étions tous novices en la matière et que la crise du COVID-19 venait tout juste d’éclater, je peux vous assurer que cela nous a donné pas mal de boulot ! Mais nous sommes assez fiers d’y être parvenus, car nous comptions un peu plus de 30 membres au début de l’année 2020 et, aujourd’hui, nous nous sommes stabilisés aux alentours des 160 membres.
Vous deviez organiser l’an dernier, mais cela ne s’est pas fait. Qu’est-ce qui a changé cette année ?
En effet, nous devions organiser le motocross de Lontzen pour la première fois l’an dernier. Nous sommes pratiquement partis d’une feuille blanche pour constituer le dossier de demande de permis de classe 2. La procédure prévoit deux « chances » lors de la demande et la première a été déclarée irrecevable.
Nous n’avons cependant pas baissé les bras. Le dossier a été complété et est finalement devenu recevable, ce qui nous permettait d’organiser l’événement. Malheureusement, la confirmation officielle est arrivée après la date prévue et de plus aucune équipe de secours n’était disponible.
Cette année, nous avons apporté quelques améliorations au dossier, qui a été accepté dès la première demande. Nous avons reçu l’autorisation début mai et tout s’est ensuite enchaîné.
Est-ce que cette première organisation représente une forme d’aboutissement pour vous ?
Oui, organiser un événement d’une telle ampleur représente une véritable étape pour nous. Cela dit, notre club est déjà actif dans la région.
Depuis plusieurs années, en marge du motocross de Moresnet, organisé par le comité des fêtes, nous réalisons une exhibition réservée aux plus jeunes avec le Kengercross. Cette année, nous avons également lancé le Wievercross, destiné aux femmes, ainsi qu’une course à notre nom, réservée aux pilotes locaux et aux membres du Calaminia Moto Club. Cette dernière a réuni 46 pilotes cette année.
Nous organisons également chaque année un week-end entre les membres du club afin de nous retrouver et de rouler ensemble chez nos voisins allemands.
L’organisation du motocross de Lontzen est donc un nouvel aboutissement, mais elle s’inscrit dans la continuité de notre engagement pour le motocross dans la région.
Vous proposez une nouvelle organisation au championnat AMPL : quels ont été les plus gros défis dans sa création ?
On pourrait penser que le plus grand défi est l’obtention du permis, mais en réalité, le travail commence bien avant cela. Il nous a fallu plusieurs années pour trouver un terrain où organiser notre motocross.
Nous souhaitons d’ailleurs remercier tout particulièrement un membre de notre club, sans qui nous n’aurions très certainement jamais trouvé cette prairie, ainsi que l’agriculteur et le propriétaire qui nous font confiance. Nous tenons également à souligner le soutien et l’enthousiasme que nous avons reçus de la part de la commune de Lontzen, qui ont été précieux tout au long de ce projet.
À qui s’adresse ce circuit : pilotes expérimentés, amateurs, jeunes ?
Nous devons respecter certaines restrictions liées à l’organisation de l’événement, mais le circuit sera accessible à tous les niveaux, des jeunes pilotes aux amateurs, en passant par les plus expérimentés : les internationaux !
Le tracé sera réalisé dans une prairie légèrement inclinée, qui n’a jamais accueilli de motocross ou autres auparavant. Le terrain est donc totalement vierge, ce qui devrait offrir une belle texture et de bonnes conditions de roulage.
Le club insiste sur le manque de terrains légaux dans la région : ce projet est-il une réponse directe à ce besoin ?
Oui, tout à fait. Depuis sa reprise, notre club compte en moyenne 150 membres, dont près de la moitié pratique le motocross. La plupart viennent des environs de La Calamine.
Nous avons la chance d’être proches de la frontière allemande, où plusieurs circuits sont accessibles à seulement quelques kilomètres. En revanche, en Belgique, il est bien connu que les terrains permanents sont rares et qu’il est devenu très difficile de pratiquer ce sport.
En organisant cette épreuve, nous souhaitons apporter une réponse, à notre échelle, à ce manque d’infrastructures. Cela permet de pratiquer le motocross dans un cadre légal, encadré par une fédération qui a largement fait ses preuves. Nous voulons également montrer que l’image parfois négative associée à notre sport ne reflète pas la réalité de la majorité des pratiquants, qui respectent les règles et souhaitent simplement exercer leur passion dans de bonnes conditions.
Quel impact espérez-vous?
Nous espérons avant tout susciter des vocations chez les plus jeunes qui viendront assister à l’événement. Le motocross est un sport spectaculaire, mais c’est aussi une véritable école de la vie. Il apprend le respect du matériel, des autres pilotes et des nombreuses règles de sécurité qui encadrent sa pratique.
Dès leur plus jeune âge, beaucoup de pilotes participent à la préparation de leur équipement et de leur moto. Cela les responsabilise, leur apprend l’autonomie, la rigueur et le sens de l’effort.
En voyant évoluer les jeunes pilotes de notre club, nous espérons donner envie à d’autres enfants de découvrir cette discipline. C’est aussi l’une des principales raisons qui nous ont motivés à organiser cette épreuve : montrer les valeurs positives du motocross et contribuer, à notre échelle, à assurer la continuité de ce sport.
Qu’est-ce qui vous motive, en tant que bénévoles, à investir autant dans ce projet ?
Avant tout, la passion. Nous sommes tous bénévoles et nous consacrons beaucoup de temps à ce projet parce que nous croyons en notre sport et en ses valeurs. Notre motivation est de permettre aux pilotes de pratiquer dans un cadre légal, sécurisé et convivial, mais aussi de faire découvrir le motocross à un public qui ne le connaît pas forcément.
C’est également une manière de faire vivre notre club et de contribuer au dynamisme de la région. Si cette organisation peut donner envie à de nouveaux jeunes de se lancer, changer le regard de certaines personnes sur notre discipline et montrer qu’un événement de motocross peut être organisé dans le respect des riverains, de l’environnement et des règles, alors tous les efforts fournis en vaudront la peine.
Où voyez-vous le Calaminia Moto Club dans 5 ou 10 ans ?
Nous espérons avant tout continuer à avancer, sans faire de pas en arrière. Nous avons de nombreuses idées et plusieurs projets en tête, mais nous souhaitons rester réalistes et évoluer étape par étape.
Aujourd’hui, toute notre énergie est consacrée à l’organisation du motocross de Lontzen. C’est notre priorité et nous voulons en faire une réussite.
Est-ce que ce motocross à Lontzen est le début d’une longue série ?
Nous l’espérons, mais il est encore trop tôt pour le dire. Cette première édition est avant tout un test. Son avenir dépendra principalement du bon déroulement de l’événement, mais aussi des retours des riverains, des autorités et des propriétaires du terrain.
Nous avons la chance de pouvoir compter sur le soutien de la commune de Lontzen, ce qui est un véritable encouragement. Si cette première organisation est une réussite pour toutes les parties concernées, nous espérons qu’elle pourra ouvrir la voie à d’autres organisations les saisons suivantes.
Si vous deviez résumer cet événement en une phrase pour donner envie au public de venir, que diriez-vous ?
Si vous aimez le sport mécanique, ou si vous êtes simplement curieux de découvrir une discipline spectaculaire dans une ambiance familiale et conviviale, le motocross de Lontzen est un rendez-vous à ne pas manquer. C’est l’occasion de vivre le retour d’un événement qui n’avait plus eu lieu dans la commune depuis près de 60 ans, de soutenir les pilotes de tous niveaux et de découvrir les valeurs qui animent notre sport.
Nous espérons que cette première édition marquera le début d’une belle aventure pour le motocross à Lontzen…



