Interview David Philippaerts | L’appétit vient en mangeant!

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Lorsque David Philippaerts a rejoint le team Yamaha-Rinaldi l’an dernier, il avait été engagé comme co-équipier de Joshua Coppins. Très vite, les rôles ont été inversés dans la mesure où David a presque immédiatement pris le pas sur Joshua. Lors du Yamaha Off-road Test Event 2008 qui a eu lieu sur le circuit de Berghem, aux Pays-Bas, nous avons eu l’occasion de nous entretenir avec le champion du monde MX1 2008.

David, tu es Italien mais avec un nom à consonance néerlandophone. Comment cela se fait-il?

David Philippaerts: “Mon grand-père était un motocrossman belge. Selon ce que j’en sais, il avait encore été champion de Belgique en side-car en 1965. Il est ensuite parti travailler en Italie. Il est revenu en Belgique mais, lorsqu’il s’est séparé de son épouse italienne, mon père est retourné avec sa mère en Italie. En ce qui me concerne, je suis né à Pietrasanta, en Toscane. Je suis donc un véritable Italien mais avec un nom belge. Il est tellement difficile à épeler que, dans les hôtels, j’ai pris l’habitude d’utiliser le nom de ma compagne, “Angiolini”. Celle-ci, dont le prénom est Alice est mon manager et son père est l’ancien motocrossman Alberto Angiolini.”

Tu es le premier non-belge à être champion du monde MX1 depuis 1999 mais tu portes un nom belge. C’est assez étonnant, non?

David Philippaerts: “C’est vrai que c’est marrant! Certaines parties de mon corps sont certainement belges!”

Comment t’es-tu mis au motocross?

David Philippaerts: “Mon père travaillait comme mécanicien pour Andrea Bartolini et nous l’accompagnions souvent. Ma mère me laissait rouler sur une toute petite moto italienne dont j’ai oublié la marque. J’avais trois ans, elle me posait sur la moto et elle courrait derrière en me tenant. Au bout d’un mois, j’ai pu me débrouiller seul et je me suis mis à tourner autour de la maison pendant des heures. J’ai vite changé de moto pour une petite Malagutti. J’ai ensuite roulé sur d’autres motos. Puis les choses sérieuses ont commencé. J’ai été champion d’Italie en 2003 et 2004. En 2005, j’ai couru l’entièreté du championnat du monde MX2 au terme duquel j’ai terminé quatrième.”

Depuis la fin 2007, tu fais partie du team Yamaha-Rinaldi. Comment est-ce arrivé?

David Philippaerts: “L’an dernier, j’avais reçu des offres d’autres teams mais lorsque Michele Rinaldi en personne m’a téléphoné, j’ai immédiatement donné mon accord. Pourtant, nous n’avions pas encore parlé d’argent ni de ce genre de choses. Le nom de Michele me suffisait. Je l’ai rejoint parce que je savais que je pouvais gagner avec son team. Dans un autre team, tu peux certainement gagner beaucoup d’argent mais, si tu ne gagnes pas des courses, tu n’as plus rien. Chez Rinaldi, je gagne peut-être moins en salaire fixe mais, comme je remporte des courses, mon salaire est doublé assez souvent! Je savais également que le team était bon dans la mesure où Andrea Bartolini avait roulé pour eux. Comme Andrea est resté un grand ami de ma famille… Mon père, comme je l’ai dit plus tôt, était son mécanicien avant qu’il ne s’occupe de mon frère et moi. En Italie, la réputation du team Rinaldi n’est plus à faire (chez nous non plus, d’ailleurs!, NDLR). Chacun sait que c’est un des meilleurs teams. Ce n’est pas sans raison qu’ils ont remporté plusieurs titres mondiaux avec Stefan Everts. Lorsque Stefan est passé chez Husqvarna, il n’a pas remporté le titre mondial. Pour ce faire, il faut une adéquation entre le pilote, sa moto et son team. Joshua Coppins aurait également pu devenir champion du monde l’an dernier chez Rinaldi. Hélas pour lui, il a commis une erreur et s’est blessé. Cela lui a coà»té le titre. En huit ans, le team n’a raté le titre mondial qu’une seul fois. Il y a des chiffres qui en disent long…”

Au début de la saison dernière, le grand public te connaissait à peine et te voilà champion du monde! C’est assez incroyable, non?

David Philippaerts: “Pour moi aussi, je te rassure! Il aurait été normal, cette année, que je me familiarise avec la moto et ma nouvelle équipe. Je savais toutefois que je pouvais réaliser de bonnes choses. Mais c’est Joshua qui s’est d’abord retrouvé au premier plan.”

“Chez Rinaldi, si tu aimes faire des blagues, tu vas dans un autre team!”

Pour Rinaldi, Joshua était premier pilote et toi le second?

David Philippaerts: “Non, dans le team Rinaldi, il n’y a pas de hiérarchie entre les pilotes. Ceux-ci sont traités sur le même plan. Ils disposent des mêmes mécaniciens et du même matériel. Nous partons donc à chances égales. Michele Rinaldi a une mentalité à part en tant que manager et je dois dire que cela me convenait bien! Nous participions à des entraînements communs et disposions des mêmes pneus pour nous entraîner. Un seul mécanicien nous accompagnait. Si j’avais trois jours pour m’entraîner, il en était de même pour Joshua. Vraiment, je n’ai jamais eu l’impression d’être le numéro 2. D’un autre côté, cela vaudra également pour moi la saison prochaine. Si je me blesse, Joshua deviendra immédiatement le numéro 1. C’était déjà le cas lorsque Marc de Reuver était l’équipier de Joshua mais de Reuver a un caractère différent du mien. Je le confirme, sa moto et tout le reste étaient identiques à ce dont disposait Joshua.”



L’an dernier, Marc de Reuver était à ta place chez Rinaldi et les choses ne se sont pas bien passées pour lui alors que pour toi, cette année, tout s’est déroulé parfaitement. D’où vient la différence,selon toi?

David Philippaerts: “Pour ma part, je sais que le team Rinaldi fonctionne de façon très transparente et qu’il est extrêmement correct. Quand ils disent quelque chose, ils le font. Peut-être Marc ne faisait-il pas ce qu’i devait faire. Chez Rinaldi, on n’est pas là pour plaisanter. Tu es là pour rouler et pour travailler dur. Si tu t’engages dans cette voie, tu te crées des bonnes chances de réaliser de belles performances. Si tu aimes faire des blagues, tu vas dans un autre team. Michele Rinaldi avait, l’an dernier, beaucoup parlé avec Marc. Lors de chaque épreuve, il lui demandait ce qui se passait, où étaient les problèmes et si problèmes il y avait, si c’était au niveau de la moto ou au niveau du team. A chaque fois, Marc répondait que ‘c’était son problème’! Dans ces conditions, le team ne savait plus quoi faire pour aider Marc, évidemment.”

“Je suis toujours en contact avec Georges Jobé. Il m’a beaucoup appris et il continue à très bien me conseiller.”

Dans l’acquisition de ton titre mondial, quel a été le facteur déterminant: la moto, le team ou le pilote?

David Philippaerts: “Tout. Le team Yamaha-Rinaldi est un excellent team, même s’il n’est pas exactement un team d’usine. Il est également important qu’à l’entraînement, ta moto ne rencontre pas trop de problèmes afin de n’avoir pas tout le temps à rentrer au camion pour des réglages ou des réparations. De cette manière, tu peux utiliser en permanence la même moto. En fait, tu peux utiliser ta moto d’entraînement pour la course. Il n’y a pas de différence. C’est très important. Je m’étais également énormément entraîné au début de cette année de sorte que j’étais tout à fait prêt lorsque la saison a débuté. Finalement, c’est le pilote le facteur déterminant. Si la moto fonctionne bien mais que le pilote est fatigué, les résultats ne seront pas bons. Je m’entraîne beaucoup afin de n’être pas être ‘vidé’ trop vite. Lors de deux courses successives, je me suis vraiment trouvé épuisé à la fin de chaque manche. Je suis donc allé voir mon préparateur physique. Nous avons adapté les exercices physiques en conséquence et cela a nettement porté ses fruits. Je fais pas mal de vélo ainsi que du rameur, c’est excellent pour le dessus du corps. Soulever des poids ne m’a jamais rien apporté. A la maison, j’ai un ‘crosstrainer’, une sorte d’appareil qui servirait à s’entraîner à faire du ski. C’est mon entraînement favori. Durant un an, je me suis entraîné avec Georges Jobé. Celui-ci m’a beaucoup appris. Cette année-là, j’ai travaillé très dur et j’ai beaucoup écouté Georges afin d’améliorer mes départs et ma technique en virage. Je suis toujours en contact avec lui. Il me donne de bons conseils.”

Pourquoi est-ce toi qui es devenu champion du monde cette année et pas un autre?

David Philippaerts: “Parce que, à l’exception de deux GP, j’ai terminé chaque épreuve dans le top-cinq. C’est grà¢ce à cela que j’ai remporté le titre. Non pas parce que j’ai remporté beaucoup d’épreuves. C’est grà¢ce à ma régularité, au fait que j’ai pris chaque course après l’autre. A Lierop, beaucoup de gens sont venus me trouver en me disant ‘demain, ce sera dur pour toi parce que les Belges et les Hollandais veulent gagner ici. Ils vont te sortir de la piste’. Le soir, c’est moi qui rigolais. J’avais réalisé une excellente course et j’avais livré une lutte acharnée à De Dijcker et à de Reuver. En plus, j’avais le titre en poche. Mon point fort est de ne jamais faiblir. Lorsque, en fin de course, les autres sont fatigués, je passe la vitesse supérieure. Je ne réalise pas le tour le plus rapide mais je suis le plus rapide sur l’ensemble des tours. Même à l’entraînement, c’est difficile pour moi de réaliser un tour rapide. Lorsque je m’entraîne chez moi, il y a souvent quelqu’un qui est plus rapide que moi, quelqu’un qui d’ailleurs ne roule pas en GP. Mais uniquement sur un tour. J’aime me battre avec les autres, la bagarre me rend plus fort.”

Ce titre mondial a été acquis au terme d’une saison fantastique. J’imagine cependant que tu as connu par le passé des moments difficiles comme tout le monde?

David Philippaerts: “Oui, lors de la saison 2005, je me suis vraiment retrouvé dans le creux de la vague. En 2004, j’avais terminé dix-neuvième en MX2. Si cela avait dà» continuer de la sorte en 2005, j’avais l’intention d’arrêter le motocross et de me chercher une autre voie. Mes parents avaient dépensé beaucoup d’argent pour que je puisse rouler mais les résultats ne suivaient pas. C’est alors que je me suis entraîné très fort en me disant que je participerais aux six premiers GP et que si les résultats n’étaient pas bons, je remiserais la moto dans le garage et je me trouverais du boulot ailleurs. C’est alors que je me suis retrouvé cinquième au classement provisoire après trois GP. A Teutschenthal, on m’a demandé d’utiliser la moto de Tyla Rattray, qui s’était blessé au genou. En fin de compte, j’ai terminé le championnat en quatrième position et je savais que je gardais un avenir dans le motocross. 2005 a donc été une année importante pour moi: elle avait très mal débuté puis elle s’est terminée pleine d’espoirs. “

Tu as maintenant vingt-quatre ans et tu es déjà champion du monde MX1. Quels sont maintenant tes objectifs?

David Philippaerts: “Je veux conserver mon titre de champion du monde, bien sà»r. Je sais maintenant ce que c’est de gagner et je veux davantage de victoires. Après ma carrière de pilote, j’espère pouvoir continuer à rouler comme pilote d’essai chez Rinaldi ou dans un team d’usine. J’adore tester les motos et discuter avec les concepteurs afin de voir ce qu’il faut modifier ou remplacer. Cela ne m’intéresse pas de participer à des épreuves comme le Dakar ou la Baja 1000. Je veux rester dans le motocross. Je connais pas mal de pilotes de vitesse pure tels Marco Melandri et Andrea Dovizioso qui ont débuté par le motocross. Je reste en contact avec ces pilotes car ils roulaient avec moi dans le passé. Moi-même, je roule beaucoup sur la route. Je possède une Yamaha YZF-R6 et une T-MAX. Dernièrement, j’ai discuté avec Klein Koerkamp de Yamaha Motor Europe. Il est le grand patron des activités course. Il est probable que l’an prochain, je puisse essayer la moto de Valentino Rossi. J’en suis déjà tout excité! Valentino aime également le cross et il voudrait essayer ma moto. On va donc peut-être s’échanger nos motos. Ce qui est chic également de la part du département course de Yamaha, c’est que je peux conserver la moto avec laquelle j’ai remporté le championnat du monde. Je leur suis vraiment reconnaissant pour cela.”

Texte: Iwan van der Valk | Photos: Yamaha Racing

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