Interview Laura Dubois | Laura Dubois au bout de son rêve

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Imaginez: pour un jeune pilote d’une vingtaine d’années, qui s’investit à  fond dans le motocross, il n’est en général pas très agréable de se faire doubler. Imaginez ensuite quand -dans un sport qui, il faut bien le reconnaitre, est un plutôt macho – le pilote  en question qui vous double est en fait UNE pilote! Pas facile à  digérer… Et c’est pourtant ce qui s’est passé pour une majorité de pilotes de la catégorie Débutants MX2 la saison dernière à  l’AMPL. Laura Dubois, petit bout de femme de 19 ans, a en effet mis un point d’honneur à  se faire respecter par ses adversaires! Une force de caractère qui n’est d’ailleurs pas passé inaperçue puisqu’elle vient de se voir offrir un guidon en GP pour la saison prochaine. Un rêve qui s’accomplit pour la Namuroise…

Premiers tours de roues très jeune pour Laura: « Mon papa est un ancien pilote ayant évolué à  la FMB. Je suppose que le virus vient de lui. Ma première expérience à  moto s’est déroulée à  6 ans avec la QR 50cc de mon frère Sébastien. Quand celui-ci a effectué sa première course la semaine d’après, je me lançais également dans la compétition, toujours au guidon de cette QR, au FPCNA. L’année d’après, je gagnais quelques courses sur une KTM 50 avant de passer en 60cc pour 1 an, avec quelques beaux résultats à  la clé.

Ensuite passage  en 80 puis, en 2003, arrivée à  l’AMPL, toujours en 80cc. “J’avais 15 ans quand je suis montée en catégorie Débutants sur une Honda 250 CRF», moto sur laquelle évoluait également son frère Sébastien, actuellement pilote Inter AMPL. «C’est lui qui m’a tout appris. On s’est toujours très bien entendu. Il est toujours présent pour moi, il me conseille, me gronde également quand je ne roule pas comme il le désire et me force à  faire de l’entraînement physique.” Le physique… Voilà  une chose qui pourrait (devrait) faire la différence entre filles et garçons…: « Mes adversaires de l’année passée ne vont pas être très contents de lire cela mais je ne me suis presque jamais entraînée en 2010, autant physiquement qu’à  moto.» Voilà  en effet quelques pilotes qui vont grincer des dents… On imagine pourtant qu’une femme doit davantage soigner sa condition physique pour pouvoir rivaliser avec les hommes. « Je pense qu’il faut s’entraîner de la même façon. J’ai tellement été mêlée jeune aux garçons que je n’ai jamais vraiment ressenti la différence. Plus jeune, je leur faisais des prises de judo entre les manches (rires). »

Les premiers lauriers

Après être passée plusieurs fois à  deux doigts de la victoire dans cette catégorie, Laura a enfin réussi à  décrocher les lauriers lors de l’épreuve de Recht cette année. «Cela faisait deux ans que j’attendais d’en gagner une. J’ai souvent eu de la malchance quand j’étais proche de la victoire: des chutes, des crevaisons, etc etc … Mais cette victoire m’a fait énormément de bien sur le plan moral et m’a donné beaucoup plus de confiance en moi.» Sans aucun doute car Laura remettait le couvert trois semaines plus tard à  Morival, un vrai circuit… d’hommes! «Lors de l’entraînement, je n’appréciais pas spécialement ce terrain. Après un bon départ en première manche, je me suis sentie tout de suite à  l’aise et je me suis surpassée pour ne pas craquer. J’ai tenu bon mais, c’est certain, après la ligne d’arrivée, je ne sentais plus mes bras… »

Comme bon nombre de jeunes pilotes, Laura rêvait d’une carrière en MXGP. Mais, contrairement à  la plupart d’entre eux, elle pourra s’élancer en 2011 derrière la grille de départ d’un GP! La Namuroise s’est en effet vu offrir la possibilité de disputer l’intégralité du championnat du monde féminin: « Je m’étais déjà  fait un peu repérer, mais ma victoire à  Recht aura été l’élément déclencheur. J’ai été essayer une KTM du Team Nino Racing et je me suis sentie tout de suite à  l’aise dessus. Au début, il avait été convenu que je participerais simplement au championnat d’Allemagne 2011. J’ai effectué une course en fin de saison dernière dans ce pays et j’ai gagné le général. En première manche, mon meilleur tour était même 13 secondes plus rapide que la seconde. Suite à  ce résultat, il a été décidé que je participerais à  l’intégralité du mondial féminin. J’aurai plusieurs coéquipières, toutes de nationalités différentes mais je ne peux pas en dire plus pour le moment.»

Concernant sa préparation, Laura nous confie: « J’aurai deux coachs qui seront là  pour me faire progresser au niveau de mon pilotage. Mon frère sera bien sà»r toujours présent lors des grand-prix et de mes entrainements. J’aurai toujours besoin de ses conseils et nous nous entraînerons ensemble pour la préparation hivernale.”

Son objectif pour sa première année, est évidemment d’engranger de l’expérience.: « Mon principal objectif sera bien sà»r le championnat du monde. J’essayerai de viser un top 15, mais je ne veux pas me mettre trop de pression. Ce sera avant tout une année d’apprentissage. Je participerai également aux courses de la Ladies Cup et également à  quelques courses du championnat d’Allemagne. Je devrais normalement pouvoir disputer trois ou quatre courses à  l’AMPL. »

Elle retrouvera sur sa route lors des grands-prix une certaine Morane de Barquin, autre pilote féminine issue du championnat AMPL. «Avec Morane, nous ne nous connaissons pas vraiment. Nous nous sommes affrontées une seule fois lors de la course “Everts and Friends” cette année où elle a terminé juste devant moi. Nous étions, je pense, de force égale malgré mon manque d’entraînement. Mais, avec une moto au point et une bonne préparation hivernale, j’espère pouvoir progresser en vue de la saison prochaine.»

Ajoutons que Laura est encore aux études. Elle suit un graduat en secrétariat de direction: « Concernant les cours, cela ne devrait pas poser de problème car il me sera toujours possible de me mettre à  jour. Par contre, concernant les examens de juin, j’espère obtenir un report de la Communauté Française car deux grands-prix se déroulent ce mois-là . »

Comme on peut l’imaginer, toute la famille de Laura est fière d’elle, et en particulier,… sa maman! Pourtant, une maman ne rêve t-elle pas d’accompagner sa petite fille aux cours de danses?: « Ah non, cela ne lui aurait certainement pas plu. Elle préfère avoir une fille qui a du caractère! »

Laura Dubois, Morane Debarquin et Ludovic Brevers , voilà  trois jeunes pilotes qui, espérons-le, porteront haut les couleurs de la Belgique et de l’AMPL l’an prochain au niveau international…

Texte & photos: Yannick Bernard – Bernardmx.be

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