Interview Ken De Dijcker|Un nouveau départ

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On attend beaucoup de la part de Ken De Dijcker en 2008 dans le team officiel Suzuki de Sylvain et Eric Geboers. Le numéro cinq de la saison écoulée a connu une année mouvementée au sein du team britannique CAS Honda. Ken entamera la saison 2008 le couteau entre les dents, tant est grande sa soif de victoires. En effet, sa première victoire au GP de Suède a clairement démontré que Keeno a un potentiel évident. Avec Suzuki, notre compatriote prend aujourd’hui un nouveau départ…

Ken De Dijcker fera équipe cette année avec Steve Ramon dans le team Suzuki-Geboers.

Quel regard jettes-tu sur ta saison 2007?

KEN DE DYCKER: “Je n’en suis pas particulièrement satisfait. J’ai bien réalisé quelques bons résultats et j’ai certes remporté un Grand Prix mais la saison a comporté trop de petits ennuis que nous ne sommes jamais parvenus à résoudre.”

Je suppose que ta toute première victoire en GP constitue ton meilleur souvenir?

KEN DE DYCKER: “C’est clair que cette victoire compte parmi mes meilleurs souvenirs. J’avais réalisé une très bonne course. Je ne comprends d’ailleurs toujours pas pourquoi je ne suis pas parvenu à continuer sur cette lancée. J’espère que cela sera le cas la saison prochaine. Outre cette victoire en GP, j’ai réalisé également quelques belles courses en début de saison. Des courses qui ne m’ont donné aucune victoire, certes, mais des courses où je suis par exemple parvenu à remonter de la dernière place vers les pilotes de tête. J’ai également connu quelques bons duels avec des top pilotes.”

Cette victoire tant attendue a donc eu lieu à Udedevalla, en Suède. Cette victoire t’a sans doute permis de faire taire certaines critiques à ton égard qu’on entendait çà et là, parfois même à l’intérieur de ton propre team?

KEN DE DYCKER: “Chaque année, j’entends des critiques à mon égard et j’en entendrai encore à l’avenir. Je fais maintenant attention à bien écouter les critiques des gens qui savent de quoi ils parlent.”

Lors de la dernière saison de GP, tu as montré que tu pouvais être le plus rapide mais seulement durant les premiers tours. Tu avais donc du mal à garder le rythme et puis, tu finissais par perdre beaucoup de places. Comment expliques-tu cela?

KEN DE DYCKER: “Perdre des places… En fait, lors de la plupart des courses, je devais revenir de l’arrière. On s’était bien entraînés, avec Willy Linden. Si je n’avais pas connu de problèmes avec mon genou, c’est vrai qu’on aurait pu s’entraîner autrement et que j’aurais pu sans doute rester plus facilement devant.”

A la mi-saison, il y a eu une mésentente entre ton équipe et toi. Il y a eu tous ces problèmes de malchance lors de plusieurs GP puis il y a eu le Championnat de Belgique où tu as dà» rouler sur une moto d’entraînement voire même sur une MX2. Puis, à un moment donné, le team a dit que tu pouvais partir. Par contre, après ta victoire en Suède, ils sont revenus avec une offre plus avantageuse pour toi. Lors d’une interview, tu as déclaré que la manière de travailler de l’équipe n’était pas bonne. Comment peux-tu dans de telles circonstances garder la tête froide et te concentrer sur les courses ?

KEN DE DYCKER: “C’était très difficile. Dès les premières courses, j’ai connu des problèmes de bras qui étaient dus à des suspensions mal réglées. Après deux GP, le team s’est enfin décidé à modifier les réglages comme je le souhaitais et, à partir de ce moment-là, les choses se sont améliorées. De tels problèmes peuvent arriver dans d’autres teams mais, enfin, quel mal y a-t-il à essayer de nouveaux réglages de suspension? Si cela avait été ma faute, je n’aurais eu aucun problème à l’admettre et on en serait revenu aux anciens réglages. Ils ne voulaient simplement pas m’écouter et, de mon côté, j’ai commencé à ne plus y croire. Jamais on ne s’est assis autour d’une table pour en parler. De ce moment-là, la méfiance a commencé à s’installer. On déformait tout ce que je disais. Tous les incidents qui survenaient au cours des GP m’étaient toujours imputés. C’était d’autant plus bizarre que rien de semblable ne s’était passé lors de la saison précédente. Tous ces problèmes ont évidemment joué un grand rôle dans ma décision de ne pas rester dans le team. Dès le GP de Mantova, j’étais déjà en pourparlers avec Suzuki et je me suis focalisé là-dessus.”

Les choses avaient-elles tellement changé depuis le départ de joshua Coppins? En effet, lorsque Joshua était dans le team, on n’entendait pratiquement pas de critiques sur le team…

KEN DE DYCKER: “Il n’y avait pratiquement rien de changé et, c’est vrai, à l’époque de Josua, je ne ressentais aucune pression à mon égard. Ce n’était plus vrai la saison dernière. Je crois que la plupart des problèmes sont à chercher dans le team et pas chez moi. Le matériel n’était pas en état optimum et si je disais quelque chose, on ne m’écoutait pas.”

L’arrivée de Mike Brown dans le team avait été une bonne chose pour toi, non?

KEN DE DYCKER: “Oui, c’est vrai. Mike m’a aidé à progresser. On a une mauvaise image de Mike. Les gens pensent qu’il est quelqu’un de sauvage avec lequel il est difficile de travailler, qu’il n’est guère sociable. Pourtant, même s’il a déjà 34 ans, c’est un pilote qui est prêt à aider ses collègues moins expérimentés. Il est resté jeune d’esprit. Même actuellement, Mike et moi continuons à nous appeler. Il est même possible que nous allions nous entraîner ensemble en Floride, au début de l’année prochaine.”

Malgré une saison 2007 mouvementée chez CAS-Honda, Keeno est parvenu à décrocher sa première victoire en GP!


Outre cette fameuse victoire en GP, il y a eu un autre rêve qui s’est réalisé cette année, c’est ta première participation au Motocross des Nations. L’an dernier, tu étais resté sur le banc des réservistes. Quel effet cela t’a-t‘il fait de représenter la Belgique?

KEN DE DYCKER: “Au départ, c’était formidable. Représenter son pays dans une telle épreuve est évidemment quelque chose de très spécial. En plus dans une épreuve qui se déroule aux Etats-Unis. Jamais je n’avais roulé en outdoor aux Etas-Unis.”

Avec l’équipe belge, vous avez terminé troisième au classement final inter-pays. En ‘individuel’, tu as terminé second en Open, derrière l’Américain Tim Ferry. Que penses-tu de tes débuts dans cette épreuve?

KEN DE DYCKER: “J’étais très satisfait. Ce n’était pas évident de courir contre les Américains. Chacun était un peu un cran en-dessous par rapport à eux. La chaleur a joué un rôle important. Lors des GP, tu as toujours une bonne et une mauvaise manche. Ce fut également le cas à Budds Creek. En première manche, j’ai réalisé un bon départ qui m’a permis de m’installer à la seconde place et de conserver tranquillement cette position. La seconde manche s’est moins bien déroulée. Mes lunettes se sont brisées et la moto n’était pas vraiment à 100%.”

Lors des jours qui ont suivi l’arrivée de l’équipe belge sur le sol américain, il y a eu pas mal de discussions parce que, apparemment, tu ne voulais pas t’entraîner avec le reste de l’équipe. Tu n’as pas l’esprit d’équipe?

KEN DE DYCKER: “Chacun s’est exprimé depuis sur ce sujet mais personne n’est venu me demander mon point de vue à ce sujet. J’ai en fait participé à tout ce qui était prévu pour l’équipe et c’est ce que je voulais faire. Maintenant, c’est vrai que j’ai un entraîneur particulier qui s’occupe de moi toute l’année. Celui-ci a établi un programme particulier en ce qui me concerne, surtout à cause de mon problème au genou. Il avait briefé Joël (Smets, NDLR) à ce sujet. Je considère dès lors que je n’ai pas à m’entraîner différemment qu’avec mon entraîneur habituel. Joël a peut-être remporté cinq titres mondiaux mais Willy avait travaillé avec moi toute l’année et il savait ce qui était bon pour moi. J’ai donc effectué les exercices de fitness prescrits par mon entraîneur et c’est vrai que cela ne correspondait parfois pas aux exercices réalisés par les autres membres de l’équipe.

MMX: Ton nouveau compagnon d’écurie, Steve Ramon, a toujours rêvé des USA. C’est aussi ton cas?

KEN DE DYCKER: “Non. Je pense en outre que c’est trop tard en ce qui me concerne. Je viens de m’acheter une maison et ce serait trop me demander que de laisser tomber tout cela pour une carrière aux Etats-Unis. Pour aller aux Etats-Unis, il ne faut pas attendre d’être trop vieux et il vaut mieux être surdoué.”

Enfin, il y a ce championnat britannique dans lequel tu n’es pas parvenu à renouveler ton titre…

KEN DE DYCKER: “Le championnat britannique ne représentait plus grand chose pour moi, surtout après l’attitude du team à mon égard. L’issue du championnat était déjà connue après la troisième épreuve lors de laquelle j’avais connu des ennuis mécaniques qui m’ont fait perdre un tas de points. Un titre n’est cependant jamais à refuser mais cela n’a pas réussi. Tant pis.”


Un rêve qui se réalise

Tu as donc signé pour deux saisons chez le team d’usine Suzuki de Sylvain Geboers. C’est un rêve de pouvoir rouler dans un team qui jouit d’une telle réputation!

KEN DE DYCKER: “Oui, c’est évident, c’est un rêve qui se réalise. C’est un des meilleurs teams évoluant en GP et ils bénéficient de tout le soutien nécessaire de l’usine. J’ai piloté une deux-temps pour le team il y a deux ans mais ce n’était pas vraiment officiel. Maintenant, je fais officiellement partie du team et c’est donc un rêve qui devient réalité.”

Ce n’est certainement pas un hasard si tu as signé un contrat d’usine. Cependant, au contraire de Steve Ramon et de Kevin Strijbos qui sont très vite devenus des pilotes d’usine, tu as, en ce qui te concerne, toujours roulé pour de petits teams ou pour des teams semi privés alors même que tu faisais partie des top pilotes en GP. C’est une nouvelle façon d’appréhender les choses…

KEN DE DYCKER: “Bien sà»r! Cela fait maintenant presque vingt ans que je fais du motocross et nous avons presque toujours tout géré nous-mêmes, mes parents et moi. Nous avons heureusement pu compter sur un ou deux bons sponsors mais cela n’a jamais été vraiment facile. Les choses se sont améliorées depuis 3-4 ans et le contrat avec Suzuki est vraiment le couronnement de tous ces efforts.”

Le fait d’avoir choisi de rouler chez Suzuki met fin à une collaboration de quatre ans avec Honda. Quel regard jettes-tu sur cette période Honda?

KEN DE DYCKER: “Ce fut une très belle période. J’ai toujours roulé avec plaisir sur cette marque. Mais, quand Suzuki vient frapper à ta porte avec une telle proposition, tu n’hésites pas longtemps.”

Les premiers tests avec les nouvelles motos d’usine sont maintenant terminés. Comment s’est déroulée la prise de contact avec le team?

KEN DE DYCKER: “Je connaissais évidemment pas mal de gens dans le team. Git, mon manager, est l’épouse de Luc Piccart qui est mécanicien dans le team Suzuki depuis des années. Le contact avec Eric s’est bien passé depuis les premières discussions. Si tu connais Eric un peu, tu sens que les choses vont bien se passer. On rit et on blague. L’ambiance dans le team est vraiment super. Les premiers tests m’ont également très bien plu. Je n’ai jamais fait autant de tests dans ma vie qu’au cours de ces derniers mois. Je n’ai pas non plus l’habitude qu’on s’occupe autant de moi afin de mettre une moto au point. Après tout ce travail et en attendant que le nouveau matériel arrive, nous avons certainement une bonne bas pour passer l’hiver et commencer la prochaine saison dans les meilleures conditions.”

Le team Suzuki travaille généralement avec Yves Demeulemeester en tant que préparateur physique. Jusqu’il y a peu, tu travaillais avec Willy Linden. Que va-t-il advenir de cette collaboration maintenant que tu roules pour Suzuki?

KEN DE DYCKER: “Cette collaboration avec Willy est maintenant terminée. Je vais désormais m’entraîner avec Eric Geboers. Eric voudrait travailler avec Paul Van Den Bosch (l’entraîneur, entre autres, de Sven Nys).”

La grande nouvelle des dernières semaines, c’est évidemment l’arrêt du GP de Namur au profit d’un GP qui aura lieu à Lommel. Qu’en penses-tu?

KEN DE DYCKER: “C’est peut-être dommage pour les gens de Namur mais, pour les pilotes et les spectateurs, je pense que Lommel est mieux. Le circuit de Lommel offre plus de possibilités pour réaliser des choses spectaculaires, comme à Zolder en son temps. Je trouve que c’est un beau parcours. Cela rentre plus dans ce qu’on attend du motocross, à mon avis. Namur me plaisait bien aussi mais il y avait des endroits où on passait difficilement. Le circuit était plus dangereux qu’ailleurs, notamment dans les bois, avec l’ombre et ces arbres qu’on frôlait.”

On dit que les top pilotes belges n’ont pas assez de présence dans les médias et qu’ils ne se rendent pas assez disponibles pour ce faire. Et-ce qu’on peut s’attendre à un changement de ta part en 2008?

KEN DE DYCKER: “Je ne suis pas quelqu’un qui aime se mettre dans la lumière. Pour moi, ce qui compte, c’est de rouler, pas d’être connu. Cela ne signifie pas que je ne ferai pas le maximum afin d’être disponible pour chacun. J’essaie toujours de me montrer le plus aimable possible et je suis toujours à la disposition de la presse. J’admets cependant que je dois encore m’améliorer à ce niveau. Cela tombe bien car mon amie fait des études de manager en communication et elle estime elle aussi que j’ai une marge de progression à ce niveau!”

Photos: Tommy Ivens

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