Interview Steve Ramon|Sur les traces d’Everts?

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Avec son titre de Champion du Monde MX1 , Steve Ramon ajoute un chapitre glorieux au palmarès déjà bien fourni de notre petit pays dans le domaine du motocross. Un an après le départ de Stefan Everts, la Belgique continue à jouer un rôle important au niveau du motocross mondial grà¢ce surtout à ce titre mondial remporté par Steve Ramon. Lors d’une saison durant laquelle la couronne a longtemps semblé être destinée à Joshua Coppins, le pilote de Jabbeke a pu compter sur sa régularité et son courage pour offrir au team Corona Suzuki de Sylvain et Eric Geboers un titre que ces derniers n’avaient plus remporté depuis 2002. Après de courtes vacances en octobre, Ramon a repris l’entraînement physique et c’est à Beveren, chez son préparateur et kiné David Bombeke, que nous avons rencontré notre nouveau Champion du Monde MX1…

Notre compatriote Steve Ramon s’est offert en 2007 un second titre mondial, qu’il remettra en jeu cette année, toujours au sein du team Suzuki de Sylvain Geboers.


La saison dernière a été prolifique pour toi, avec ce titre de Champion du Monde MX1 et le renouvellement de ton titre en Championnat de Belgique. Quels sont tes sentiments, quelques mois plus tard, sur la saison écoulée?

STEVE RAMON: “Ils sont un peu mitigés. Je suis évidemment satisfait d’avoir remporté le titre MX1. je suis maintenant détenteur de deux titres mondiaux. Mais je suis également content d’avoir remporté le titre national. En définitive, cela a été une très bonne saison sur le plan des résultats. Maintenant, je sais également que ma saison aurait pu être meilleure. Je ne suis pas monté suffisamment sur la première marche du podium. D’accord, j’ai remporté deux victoires de manche mais c’est insuffisant. Et, malgré cela, je suis parvenu à remporter le titre mondial. Ce fut vraiment une saison bizarre. Non seulement du fait de la blessure de Joshua mais également du fait de mes prestations. En début de saison, cela ne marchait pas et la malchance ne m’était pas imputable. C’était extrêmement frustrant. Par la suite, cela a été un peu mieux et j’ai pu commencer à rouler pour réaliser des podiums, remportant d’ailleurs deux victoires de manche. Puis est survenue ma blessure au poignet lors du GP de Tchéquie. Je pense dès lors que la saison prochaine ne peut qu’être meilleure.”

Les célébrations en ton honneur qui ont eu lieu à l’Hôtel de Ville de Jabbeke, au milieu de tous tes supporters, ont dà» te faire plaisir après une saison aussi longue, non?

STEVE RAMON: “C’est certain que cela fait plaisir! Le titre appartient aussi à mes supporters. Cela était déjà arrivé en 2003 et la situation était un peu similaire. Depuis, c’est vrai, mon club de supporters s’est sérieusement étoffé et je m’en réjouis. Surtout lorsque, comme à Lierop, tout le monde est présent pour fêter ton titre. La fête à Lierop a duré jusque deux heures et demie du matin. Le lundi, cela a recommencé jusque quatre heures du matin. Et je n’étais sans doute pas le dernier à quitter la fête!”

Comment va ton poignet gauche maintenant?

STEVE RAMON: “Bien. J’ai de moins en moins mal, c’est le plus important. La flexibilité n’est pas tout à fait revenue mais il y a une nette amélioration. Jusqu’à la mi-décembre, je ne pouvais pas trop solliciter mon poignet. J’ai pourtant roulé deux courses dans le sable avec cette blessure. Après sept ou huit semaines de repos, ma préparation en vue de la saison prochaine ne sera pas affectée.”

Lors des derniers GP, cette blessure au poignet avait été quelque peu occultée. Le team Suzuki disait à la presse que la blessure était bénigne mais n’était-ce pas plus sérieux qu’on voulait bien le dire?

STEVE RAMON: “Je ne suis pas quelqu’un qui aime se lamenter à cause d’une blessure. Les gens disaient : « cela va être facile pour Ramon maintenant que Coppins est blessé ». Ce n’était pourtant pas le cas. Je me suis moi-même blessé à ce même GP et je peux te dire qu’il a fallu que je me batte dans les derniers GP pour pouvoir simplement monter sur le podium. C’était tout sauf agréable. A chaque course, je devais me mettre un tape autour du poignet. Sur la fin, j’arrivais même à mettre mon tape moi-même (rires). Cette blessure finissait par m’obséder au point qu’à chaque saut, je me disais qu’il fallait que je fasse attention à ne pas me réceptionner trop brutalement. Non, vraiment, j’étais déjà content de pouvoir terminer dans les premiers.”

Lorsque le Championnat du Monde a basculé spectaculairement après la blessure de Joshua Coppins, tous les regards se sont portés sur toi. Sans savoir que tu avais cette sérieuse blessure au poignet. Bonjour le stress…

STEVE RAMON: “C’était très difficile à vivre. Sans cette blessure au poignet, cela aurait été plus facile. Lors des GP qui ont suivi la blessure de Joshua, je ne pensais pas encore au titre mondial. L’écart en points était encore énorme et on disait que Joshua pourrait terminer le championnat. Après le GP de Namur, j’avais bien repris quelques points mais pas assez compte tenu des circonstances. Lorsqu’il est apparu que Joshua ne pourrait pas courir les GP suivants, je me suis mis à penser que j’avais encore une chance. A chaque bon résultat, je voyais l’écart diminuer. Avant l’Irlande, Stefan Everts avait dit que je pouvais encore saisir ma chance. Malheureusement, je suis complètement passé à côté de mon sujet lors de ce GP. Le dimanche soir, j’avais vraiment le moral dans les talons. Pourtant, j’avais tout fait pour rouler un bon GP. En première manche, je suis même parvenu à sortir du circuit tandis qu’en seconde manche, après un bon départ, je me suis payé une pierre avec ma roue avant. En me remettant en piste, je me suis dit: « c’est pas vrai! ». Je ne suis certainement pas quelqu’un qui renonce vite. Je sais l’importance de chaque point pris au Championnat du Monde car j’ai déjà perdu un titre mondial pour quatre points. En fait, chacun des derniers GP a été un calvaire pour moi. Je n’avais pas mérité cela (rires)! Malgré tout, cela aurait pu être pire. En effet, lorsque Joshua a dà» abandonner en seconde manche du GP d’Angleterre, j’ai su que ma chance de remporter le titre mondial s’était accrue. La préparation pour le GP de Lierop ne fut pas différente que pour les autres GP. La différence était que cela se passait à Lierop et que j’aurais voulu l’emporter. Il me suffisait certes de terminer dans les points pour remporter le titre mais je ne voulais pas rouler sur la défensive. Je voulais gagner pour que les gens ne disent pas que j’étais devenu Champion du Monde sans remporter un seul GP.”

En attendant, cette victoire en GP n’a pas eu lieu et d’aucuns ont déclaré qu’il s’agissait d’une couronne sans éclat. On a beaucoup écrit et parlé à ce sujet. Quelle est ton opinion?

STEVE RAMON: “On m’a fait cette remarque une bonne centaine de fois et ce n’est sans doute pas fini. C’est vrai qu’un titre sans aucune victoire de GP n’a pas le même éclat. J’en suis conscient. Mais un titre est un titre. J’aurais évidemment bien voulu remporter une ou l’autre victoire mais, comme je l’ai dit plus haut, ma saison n’a pas été facile. La saison prochaine se passera mieux et je courrai à nouveau pour la gagne!(rires)”

Lors du dernier GP à Lierop, on a vu un autre Steve Ramon que celui dont on parle dans les paddocks. Tu en voulais et cela s’est vu. Va-t-on enfin voir cette étiquette de ‘garçon trop gentil’ qui te colle à la peau depuis des années disparaître?

STEVE RAMON: “Je ne crois pas qu’on ait vu à Lierop un Steve Ramon différent de ce qu’il est d’habitude. Je roulais bien parce que je me trouvais sur un de mes circuits favoris et que je voulais aller chercher une victoire. J’ai alors peut-être paru un peu plus agressif que d’habitude. C’est vrai que c’était une belle course, non seulement pour le public mais également pour les pilotes. Je savais que la victoire se jouerait entre Kevin, Marc (de Reuver) et moi. A un moment donné, j’ai commis une erreur dans un virage et j’ai attrapé une crampe à une jambe, de sorte qu’il m’a été difficile de garder le rythme. Une fois encore, j’aurais voulu gagner à Lierop mais ce ne fut pas le cas. Mes départs ne furent pas bons non plus. C’est quelque chose que je dois améliorer pour la saison prochaine.”

Malgré une douloureuse blessure au poignet, Ramon s’est accroché à sa plaque rouge de leader jusqu’au GP de Lierop, où il a décroché son premier titre MX1.

Outre le Championnat du Monde, il y a le Motocross des Nations qui est une de tes épreuves favorites de la saison mais tu étais malade et les choses ne se sont pas bien passées pour toi. Tu peux revenir sur Budds Creek?

STEVE RAMON: “C’est vrai que ce fut une déception pour moi. J’avais évidemment espéré que les choses se passeraient mieux. D’un autre côté, j’étais content que l’équipe belge se trouvait quand même sur le podium. Pour Ken et pour Jeremy, c’était la première fois qu’ils participaient à cette épreuve et cela ne représentait évidemment pas pour eux l’épreuve la plus facile de l’année. Avec Carmichael et Villopoto, il n’y a rien que j’aurais pu faire car ils étaient trop rapides tandis que Ferry et Langston étaient jouables. Je ne me sentais pas du tout dans mon assiette, même en première manche. Je n’étais certes pas content de ma huitième place en première manche et j’étais bien décidé à mieux faire lors de la dernière manche. Heureusement, j’avais pris un bon départ et je maintenais facilement le rythme lors des premiers tours mais, au fur et à mesure que les tours passaient, j’ai à nouveau commencé à me sentir mal. J’ai vraiment dà» mordre sur ma chique pour garder ma quatrième place. En fait, je pense que dans des circonstances normales, nous aurions pu monter sur la deuxième marche du podium.”

C’était la première fois que tu étais le capitaine de l’équipe participant au Motocross des Nations. Cela ne t’a pas mis trop de pression sur les épaules?

STEVE RAMON: “Non, pas vraiment. On n’a d’ailleurs jamais perlé d’un leader au sein du team ni, à fortiori, d’un capitaine. C’est moi qui avais le plus d’expérience, c’est vrai. De la pression, tu en as toujours lors de telles circonstances. Le team manager, Joël Smets, a su gérer parfaitement ce paramètre en nous parlant beaucoup. Dommage que je n’étais pas à 100% physiquement. En tant que Champion du Monde en titre, tu as envie de montrer ce que tu vaux aux gens qui t’attendent au tournant lors d’un tel événement.”


Le rêve US n’est pas éteint

Le Motocross des Nations de cette année était, nonobstant le fait que ton contrat chez Suzuki avait déjà été renouvelé, une super opportunité de te montrer aux team managers américains. A moins que ton rêve américain ne soit du domaine du passé?

STEVE RAMON: “Non, ce rêve existe toujours. Je ne parle pas du supercross car cela serait trop difficile. Ecoute, j’ai été deux fois champion du monde et je vais encore essayer de l’être à l’avenir. C’est vrai que j’ai encore un contrat de deux ans chez Suzuki mais tu ne sais jamais ce que cela peut donner pour l’avenir, une course comme celle de Budds Creek. Maintenant, je ne vais pas dire que l’Europe ne me satisfait pas mais, si au terme de ce contrat de deux ans, une proposition m’était faite pour rouler en outdoor aux Etas-unis, je ne cracherais pas dessus.”

Au plan national, tu as renouvelé ton titre de champion national, ce qui veut dire que tu as cumulé aujourd’hui trois titres en quatre ans. La bagarre attendue entre Kevin Strijbos, Christohe Pourcel et toi-même n’a jamais eu lieu surtout du fait des blessures de Kevin et de Christophe. Cela n’enlève certes rien à ton mérite. Le Championnat de Belgique reste quelque chose de spécial, non?

STEVE RAMON: “Le niveau de notre championnat national s’est en effet amélioré au cours de ces dernières années parce qu’il y a pas mal de pilotes de renom qui y participent. C’est un bon championnat pour acquérir et conserver de la vitesse. Je pense en outre que c’est important pour les supporters que nous y participions. Conquérir ce titre m’a procuré une grande joie. J’ai peut être eu la chance que les autres connaissent des ennuis mais c’est la ‘dure loi du sport’.”

L’an prochain, le Championnat de Belgique ne comportera plus que six épreuves au lieu de huit. C’est une bonne nouvelle?

STEVE RAMON: “Oui, pour moi, six épreuves, c’est suffisant. Cela enlèvera un peu la pression. Même si j’adore rouler, passer l’un ou l’autre week-end chez soi, ce n’est pas plus mal.”

La Flandre va perdre un circuit comme celui de Neeroeteren alors qu’il y a déjà si peu de circuits dans cette région du pays…

STEVE RAMON: “C’est dommage que Neeroeteren disparaisse du calendrier du Championnat de Belgique et encore plus dommage que le circuit soit définitivement fermé. C’est dommage pour notre sport même si je n’allais jamais m’entraîner sur ce circuit car c’est trop loin de chez moi. Maintenant, pour les pilotes amateurs, c’est vrai que c’est une petite catastrophe.”

Steve Ramon est très populaire dans les milieux du motocross et l’accroissement constant de ton club de supporters en est une preuve mais tu n’a pas (encore) dans les médias la renommée qu’avaient – et ont toujours – des pilotes comme Stefan et Joël. Tu nous as dit par le passé que cela n’était pas ta préoccupation essentielle. Tu es toujours de cet avis?

STEVE RAMON: “Je ne sais pas trop. C’est vrai que je n’essaie pas d’attirer les médias. On dit effectivement que je ne suis pas médiatique et que je ne sais pas attirer l’attention des médias comme Stefan. Je n’en éprouve pas le besoin. J’ai déjà reçu quelques invitations pour participer à quelques émissions de TV mais je n’ai pas pu les satisfaire parce que j’étais à l’étranger. Si de telles invitations se renouvelaient, j’essayerais de les satisfaire. Je sais que c’est important pour notre sport que la TV soit plus présente. Je ne me déroberai pas et je suis d’ailleurs, tu le sais, toujours disponible pour des interviews. Pourtant, je ne suis pas quelqu’un qui a la parole facile.”


Savoir faire des choix


Outre le titre mondial et le titre national, il y a un troisième titre que tu aurais pu remporter, c’est celui de Champion des Pays-Bas. Tu as abandonné ce championnat après trois épreuves, alors que d’aucuns pensaient que tu allais participer à l’ensemble de ce championnat. C’était trop?

STEVE RAMON: “Oui. A un moment donné, je me suis rendu compte que j’avais vraiment besoin de repos et, malheureusement, cette période de repos, je l’ai prise au détriment du Championnat des Pays-Bas. Il faut parfois savoir faire des choix. C’est vrai que je me souviens avoir dit à mon beau-frère Elton que j’allais rouler pour trois titres mais c’était en blaguant. Deux titres, ce n’est déjà pas mal…”

Tu as donc prolongé ton contrat avec Suzuki pour deux ans mais tu as eu des offres d’autres teams, non?

STEVE RAMON: “Il y avait effectivement d’autres offres mais l’offre la plus intéressante émanait sans nul doute de chez Suzuki. Je me suis d’ailleurs très bien senti dans ce team au cours des deux années écoulées et je n’ai donc pas hésité à signer à nouveau chez eux.”

On a dit que tu avais dà» faire des concessions sur le plan financier…

STEVE RAMON: “Ce n’était que des rumeurs causées par les problèmes qui étaient survenus entre Kevin et Suzuki. Je suis resté complètement en dehors de tout cela.”

Au début de la saison dernière, alors que tout n’allait pas pour le mieux, ton team manager, Eric Geboers, ne s’est pas gêné, lorsqu’il officiait comme commentateur TV, pour critiquer ses propres pilotes. Cela ne doit pas être facile à entendre, non?

STEVE RAMON: “Pas vraiment mais, d’un autre côté, je me rendais compte que cela n’allait pas et qu’il y avait des choses à améliorer. Je savais également que la situation ne pouvait que s’améliorer. C’est d’ailleurs ce qui s’est passé. Eric est également quelqu’un qui dit les choses sans arrière-pensée. Je peux également très bien comprendre que ce n’est pas agréable pour un team de constater que les résultats n’arrivent pas. Il aurait simplement dà» en discuter en interne et pas lors d’une retransmission télévisée. Ce n’était pas professionnel et je l’ai dit à Eric. Par la suite, tout est rentré dans l’ordre, pour le bien de tout le monde.”

Tu auras Ken De Dycker comme nouvel équipier cette saison. Comment se passe son intégration dans le team?

STEVE RAMON: “En fait, je n’ai pas vraiment eu beaucoup de contacts avec Ken lors de nos tests en France. Chacun était concentré sur ses propres tests. On a encore le temps pour apprendre à se connaître.”

Te verra-t-on cette saison avec le numéro 1 ou continueras-tu à rouler avec le numéro 11?

STEVE RAMON (après un moment de réflexion): “Avec le numéro 11! J’hésite encore un peu parce que je voudrais quand même une fois rouler avec le numéro 1. Je dois dire que le choix n’est pas facile, 1 ou 11. Le team me laisse le choix et je pense dès lors que je garderai le numéro 11.”

On dit que conserver un titre est plus difficile que de le gagner. Si cela se vérifie, cela veut dire que la saison qui vient ne sera pas facile pour toi…

STEVE RAMON: “Ce sont les circonstances qui ont fait que la saison 2007 a été difficile. C’est vrai que cela peut se reproduire pour la saison 2008 car il est difficile de passer une saison sans la moindre blessure et de rester constant. Je crois effectivement que cela ne sera pas facile pour moi car, outre Joshua et Kevin, il y aura des pilotes comme Ken et même Philippaerts qui sont tout sauf des clients faciles. Heureusement pour la beauté du sport, d’ailleurs!'”

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