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Enduro : Antoine Magain vers un titre mondial ?

Enduro : Antoine Magain vers un titre mondial ?
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Antoine Magain est le premier à le rappeler : le chemin qui le sépare d’un premier titre mondial en enduro est encore long. Et pourtant, quand on analyse la courbe de progression du jeune Belge, on se met à rêver. Minimax a tenu toutes ses promesses cette saison. L’officiel Sherco joue désormais partie dans la cour des grands. Et les derniers complexes devraient rapidement s’effacer pour celui dont le talent a définitivement éclaboussé le petit monde de l’enduro.

Un top-3 de catégorie et le top-10 au scratch, c’étaient les objectifs qu’Antoine nous avait annoncés lors de son interview juste après sa signature au sein du team CH Racing Sherco Factory. Au terme de cette saison sportive, rendue un peu particulière par la crise sanitaire, Antoine monte sur la troisième marche du podium de sa catégorie (E1) et décroche la neuvième place dans la catégorie Scratch. Cerise sur le gâteau, il remporte un titre de champion de France. Cela valait bien de revenir sur cette formidable saison avec celui qui a été son suiveur durant toute la saison, Michaël Vukcevic (importateur Sherco pour la Belgique et la Hollande), avec Jordan Curvalle (Manager sportif et pilote de développement au sein de l’usine Sherco). Mais interrogeons d’abord Antoine lui-même.

Avec “Chico”, l’une des figures du team Sherco Factory…

 

Bonjour Antoine, comment vas-tu ?

“Ca va super bien, je reviens de chez Mika (ndlr, Vukcevic) chez qui j’ai été rechercher ma moto. J’ai envie de reprendre l’entraînement, ça fait 10 jours, j’en peux plus, il faut que je remonte sur ma moto!”

Le décor est planté, ces quelques phrases pourraient résumer à elles seules l’état d’esprit et l’implication du Nismois. Du travail et de la motivation, il en a à revendre le petit Belge !

Tout d’abord, félicitations, tu as fait vibrer tous les amateurs d’enduro cette saison. Peut-on dire que tu as atteint tes objectifs ?

“Oui je suis très content, mes objectifs sont atteints, même si je t’avoue que lorsque je t’ai annoncé que je visais la troisième place, dans ma tête je n’y croyais pas trop ! J’ai débuté le premier GP, en France, avec beaucoup de retenue, surtout le premier jour. Comme ça m’arrive encore, j’ai peur de la chute, peur de faire l’erreur qui pourrait compromettre tout mon week-end. Et malheureusement, ma crainte se réalise puisque je chute. Mais je me ressaisis, je reste concentré, je sors par la suite de bons chronos même si le retard accumulé n’est jamais facile à reprendre.  Moralement, j’ai surtout vu que je pouvais rester au contact malgré des erreurs. Au final 5 et 4 :  pour une première, ce n’était pas si mal.”


Ça se passe mieux en Italie, avec une 4ème place le samedi et ton premier podium (3) le dimanche.

“C’est un GP que j’attendais beaucoup … J’y avais déjà participé en 2017 sans en garder un bon souvenir. A l’époque, c’était une de mes premières courses en dehors de la Belgique, course très éprouvante. J’avais terminé la journée du samedi vraiment fatigué, et j’avais dû abandonner le dimanche. Heureusement, les choses se sont déroulées d’une toute autre manière cette année. Je fais une belle première journée, à l’exception d’une erreur dans l’extrême, encore une fois qui se paie cash. Dès que tu fais une erreur à ce niveau, c’est très compliqué. Le dimanche se passe mieux avec juste une petite chute en fin de journée, mais tout au long de la course j’ai réalisé de bons chronos qui m’ont permis de monter sur la troisième marche du podium, mon premier podium ! Ça m’a fait énormément plaisir, car comparé à ce que j’avais fait il y a trois ans et mes résultats de cette année, ce premier podium a été une grosse satisfaction pour moi, mais aussi pour toutes les personnes autour de moi.”

La saison s’est poursuivie au Portugal, avec un week-end de course dans un sens puis, une semaine après, la finale sur le parcours emprunté dans le sens inverse.

“Exactement, mais les organisateurs ont quand même apporté quelques modifications pour le second week-end de course. La spéciale extrême était assez compliquée et la pluie s’est chaque fois invitée les deux dimanches.  Le premier samedi, je fais mon plus beau jour de course avec une 7ème place scratch et une seconde place en catégorie à seulement 15 secondes du vainqueur.  Sachant que j’avais fait quelques erreurs durant la journée, encore une fois je m’en suis mordu les doigts le soir car je pense être passé tout près de ma première victoire.”

A la tête du team Sherco Factory, Fabrizzio Azzalin croit beaucoup dans le potentiel d’Antoine Magain.


Et tu termines la saison complètement malade …

“Oui, je fais 3 et 4 pour la boucle inversée du dernier GP de la saison, toujours au Portugal. J’étais totalement diminué, grosse fatigue, problèmes digestifs, j’ai eu un virus mais on ne pense pas que ce soit le Covid car l’encadrement était strict, et j’ai été testé négatif comme tous les pilotes avant le départ.”

Une deuxième place sur une journée de course, une troisième place finale de catégorie et la neuvième place au scratch, ton titre de Champion de France, au vu de ton âge (24 ans) et de ton passé -on rappelle au passage que tu étais un fan de football, que tu ne viens ni du trial, ni du MX- c’est quand même énorme, non ?

“Oui c’est vrai, si on m’avait dit ça lorsqu’on s’est vu en mai, j’aurais signé des deux mains tout de suite !”


La troisième place, tu l’as dit, c’était ton objectif mais as-tu, à un moment, songé à aller chercher la seconde, voir la première place ?

“Je me suis fixé des objectifs dès la signature de mon contrat mais, comme on en avait parlé, tout était nouveau pour moi. Intégrer une structure usine c’était une grande première, un rêve, il fallait garder les pieds sur terre et ne pas brûler les étapes. Il me fallait du temps et quelques courses pour découvrir mon nouvel environnement et me situer par rapport à la concurrence. Mon résultat est bien sûr plus que satisfaisant, il ne fallait pas être trop gourmand. Ceci dit il faut toujours viser plus haut, c’est vrai que j’y ai pensé… mais dès le début de saison, j’ai su que ça serait compliqué.  Verona et Oldrati, il faut le reconnaître, étaient un cran au-dessus. Même si j’ai pu aller les titiller un peu comme en Italie ou au Portugal, eux, dès la première course, ils étaient là pour le titre et rien d’autre.  Pour ma part, ce n’était pas mon objectif, tout était nouveau, l’année prochaine ça sera différent.”

“Je dois sans doute parfois aller chercher un grain de folie dans les spéciales…”


On en déduit que l’année prochaine tu vises le titre ?

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“Je n’aime pas dire que je veux être champion du monde, je trouve que c’est un peu prétentieux, disons que je veux faire mieux que cette année, ce qui signifie la seconde voire la première place. Ne brûlons pas les étapes, mais quand je vois les bonnes journées que j’ai faites cette année… sans erreur, je pense que c’est un objectif réaliste. Comme le top 5 dans la catégorie Scratch.”

Quels seront les pilotes à surveiller l’année prochaine ?

“L’année prochaine, j’ai entendu dire que cela allait beaucoup bouger dans ma catégorie.  Il devrait y avoir plus de monde. Pour moi, il y a trois pilotes au-dessus du lot pour le moment : Holcombe, Freeman et Garcia. Ce seront donc les trois à surveiller.”

Comment vois-tu ta progression ?

“Je suis au début de ma carrière, mon entourage me dit que j’ai encore une grosse marge de progression.  Mika, qui m’a suivi sur toutes les courses, et qui a donc pu comparer mes passages avec ceux de mes concurrents, me dit que ma technique de pilotage est mon gros point fort, elle est beaucoup plus propre que d’autres pilotes qui sont devant.  Je dois maintenant progresser en vitesse. Papa et mon frère me l’ont dit aussi, je veux être trop propre. Des fois, les mecs tu les vois mettre gaz avec les jambes qui pendent, là où moi je vais réfléchir à passer propre, trop propre … du coup, je ne vais jamais à la limite. Quand je sors de très bonnes spéciales, que je suis tout proche de la première place, je réfléchis à ce que j’ai fait de plus pour sortir ce temps, j’arrive à la conclusion que je n’ai rien fait de plus, juste que j’ai été parfait et sans me mettre dans le rouge.  Je pense donc qu’il faut que je travaille dans cette direction, prendre de la vitesse, encore emmagasiner de l’expérience, et peut-être parfois aller chercher un petit grain de folie…  Je pense que travailler un peu plus le motocross durant l’hiver sera une bonne chose pour gagner en vitesse.  Après cinq ans seulement de pratique, il ne faut pas non plus s’enflammer et rester lucide, il faut continuer à travailler et ça paiera, il n’y a pas de raison.”

 


Au niveau de ta préparation, qu’est-ce qui a le plus porté ses fruits ?

“Le physique et le roulage, mais le mental fait beaucoup aussi.  Depuis que je suis passé pilote usine, depuis que c’est devenu mon métier, je me sens encore mieux dans ma tête, même si je devais prouver que je méritais ce statut. Le fait d’avoir cet encadrement, cette structure a été un réel soulagement.  J’ai pu axer toute mon énergie sur mes entraînements, et me préparer au mieux pour chaque course.  Ceci dit, je ne suis pas encore totalement libéré, je le reconnais. Côté mental, j’ai encore un peu de travail à faire.  Je me sens encore « petit » dans le milieu du paddock EnduroGP.  Je suis entouré de certains gars dont je regardais les vidéos il y a encore 5 ans en disant « waouh ». Je dois être encore plus fort dans la tête. Le plus important est que je sais ce que je dois travailler, je connais maintenant comment fonctionne une structure usine, autant de choses qui libèrent la charge émotionnelle. La structure usine, ça joue énormément, je m’en doutais déjà sans l’avoir vécu mais aujourd’hui je ne peux que le confirmer. C’est clairement un autre monde, ça libère énormément de temps et d’énergie, j’en avais besoin pour continuer à avancer, preuve en est donnée par mes résultats.”

Comment s’est passée ton intégration au sein de la structure CH Racing Sherco Factory ?

“Le premier contact en compétition s’est fait en Italie, lors d’une manche nationale. C’est là que j’ai rencontré tout le monde et d’emblée j’ai été très bien accueilli. J’ai roulé sans aucune pression et je termine cinquième au scratch.  Fabrizio Azzalin est venu me dire que ce j’avais fait était super… venant d’une telle sommité, clairement ça m’a fait super plaisir, il n’y a pas mieux comme encouragements ! Pour le reste, même si la structure est italienne, le contact était aisé car ils parlent tous français. Quant à l’ambiance avec les autres pilotes, je connaissais déjà Théo (Espinasse) et Matteo (Cavallo), avec Hamish (MacDonald) c’était un peu plus compliqué à cause de la barrière de la langue, mais ça n’empêche que l’ambiance était très bonne avec tout le monde.”


Tu peux déjà nous dire ce que te réserve 2021 ?

“J’ai resigné pour 2 ans avec une option pour la troisième année.  Je suis très content de continuer avec eux, je me sens bien sur la moto, je me sens bien avec l’équipe, j’espère emmener la Sherco sur la plus haute marche du podium… Ma priorité sera le championnat du monde bien entendu, pour le reste on attend les calendriers. Même si ça tient à cœur Jordan que je participe à mon championnat national, en accord avec Sherco et, après en avoir discuté avec Mika, s’il y a concordances de dates avec la France ou l’Italie, on pense privilégier quand même l’Italie afin de continuer à progresser.  Quand tu regardes les enduros nationaux en Italie, le top-10 scratch, c’est le top-10 du mondial, ils sont tous là, les manches italiennes sont très proches de ce qu’on trouve en mondial, il n’y a pas mieux pour progresser.”

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Au niveau de ton entraînement, ta préparation, ton organisation, tu vas changer des choses pour 2021 ?

“Non, je pense que le programme qu’on a établi a démontré qu’il fonctionnait bien.  Je sais ce que je dois encore plus travailler, j’ai vu où j’étais en difficulté, et je sais déjà dans ma tête tout ce que je vais faire.  Je dois être encore plus professionnel sur certaines choses. Mika a été mon suiveur, il me montrait les traces en spéciales, on débriefait fin de journée, mon parrain (Fabrice Lambert) était à l’entrée et sortie des spéciales pour ma nutrition et les infos sur mes chronos, et j’avais également mon mécano, on a fait un très bon travail tous ensemble, on va donc continuer de cette manière en 2021.”

 

L’avis de Michaël Vukcevic (importateur Sherco pour la Belgique et la Hollande)

“Pour moi, Antoine n’a aucune lacune. Il faut juste laisser le temps au temps.”

 

“J’ai travaillé tout l’hiver avec Antoine, je savais comment il roulait mais j’avoue avoir été surpris de ses premières courses ! C’est un garçon qui a beaucoup évolué.  Avant, quand il faisait une erreur, il avait tendance à vite monter dans les tours m’a-t-on dit. Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Après une erreur ou une mauvaise spéciale il sait rester calme, posé pour prendre le temps d’analyser pourquoi ça n’a pas été. Avec son parrain et son mécano, on forme vraiment une bonne équipe. Antoine est un bosseur, il travaille 6 jours sur 7, il sait où il veut aller, il a actuellement une détermination incroyable !

Il a été hyper intégré dans l’équipe, Fabrizio Azzalin m’a dit « c’est une pépite », ça fait super plaisir d’entendre ça ! Il faut aussi savoir qu’il roulait sur une moto quasi stock.

Antoine a encore une belle marge de progression, je pu le constater quand j’ai vu passer les autres pilotes avant lui en spéciales.  Maintenant, il doit essayer de rouler sans penser à être trop propre, il est tellement propre, trop parfois.  J’ai vu des pilotes terminer devant lui complètement à l’arrache en spéciales, Antoine était beaucoup plus beau à voir passer mais ça ne paie pas toujours.

Un autre bon point est qu’il a énormément progressé dans ce qu’il aimait le moins : les extrêmes. Ça m’a fait plaisir de voir qu’il a réalisé un scratch en extrême, il n’a jamais été fan de ce type de spéciales, aujourd’hui il commence même à les apprécier, de nouveau c’est son entraînement et sa persévérance qui paient.

Il peut aussi compter sur son entourage, tous ces éléments font qu’il ne peut que progresser. S’il reste dans cette dynamique et cette motivation, l’année prochaine je le vois dans le top-5 au scratch, et assez rapidement champion du monde.

Antoine n’a aujourd’hui, pour moi, aucune lacune ! Il faut juste laisser le temps au temps, prendre de la vitesse en roulant.  Une marche après l’autre, avec sa technique il ne peut que progresser, il a une envie, un truc de fou, c’est un véritable plaisir d’être à ses côtés !

 


 

L’avis de Jordan Curvalle (Manager sportif et pilote de développement Sherco)

“Antoine est très professionnel, il avait besoin d’une structure derrière lui pour passer un cap”

 

“C’est en 2018, l’année où il est arrivé sur le championnat de France, que je découvre Antoine.  On a vu arriver un pilote très engagé qui s’est tout de suite retrouvé en bagarre aux avant-postes de notre championnat en Junior, et notamment contre un de nos bons pilotes, Théo Espinasse.  A partir de là, on a gardé un œil sur lui, on a observé sa progression au fil des années.  Il est passé en Elite en France, en Junior au Mondial, et j’ai pu noter une montée en puissance à la fin de l’année dernière, quand il est passé sur la 250 2-tps, c’est vraiment une motorisation qui lui convient. Au GP de France on a profité de la présence de Thomas Tessier (le boss de Sherco) pour lui présenter Antoine et sa famille. Le fait qu’il soit Belge nous plaisait, c’est important pour Sherco de diversifier ses pilotes afin de représenter la marque partout en Europe. J’ai expliqué à Thomas que si on devait faire quelque chose pour la Hollande et la Belgique, c’est sur ce pilote qu’il fallait miser !

 

Jordan Curvalle

 

L’intégration s’est faite très facilement et très naturellement. Antoine est quelqu’un de très professionnel et très facile à coacher, mais il avait besoin d’une structure derrière lui pour passer un cap. Il a travaillé avec nous durant l’hiver, et Mika s’est occupé de lui en Belgique.

Sa première saison avec nous est une réussite. En début de saison, il a eu un peu de pression à gérer de par son nouveau statut de pilote usine mais il s’est bien intégré dans le team, avec tout le monde. Il a bien progressé, il a gardé ses qualités tout en corrigeant les quelques lacunes qu’il avait. Maintenant, il reste encore du boulot, il doit travailler la régularité suivant les conditions de courses mais c’est un pilote engagé.

Au niveau des résultats, avec un titre E3 en France, son podium final en mondial, plusieurs podiums d’épreuves c’est vraiment très positif, il va falloir confirmer l’année prochaine, continuer à travailler. Son avenir est en Enduro, Antoine ne vient pas du trial ce n’est pas quelqu’un qu’on va emmener sur les extrêmes.  Son but est d’aller vite sur la moto, on va donc travailler dans ce sens pour les GP. On va bien se préparer pour les ISDE, mais aussi pour les championnats nationaux dont la Belgique, la France et l’Italie suivant les calendriers.  On va aussi monter une bonne équipe pour La Chinelle.

Antoine a encore plein de choses à découvrir, il est jeune dans la hiérarchie, c’est quelqu’un qui a soif d’apprendre, qui est bien entouré et qu’on va aider dans sa progression afin de l’emmener le plus haut possible. Il a signé pour deux ans supplémentaires avec nous avec une option la troisième année, je suis très content de continuer avec lui.”

 

Texte : Frédéric David | Photos : FDavid & D. Agrati

 

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