Roger De Coster n’est pas du genre à s’enflammer pour un résultat isolé. Et pourtant, en ce début de saison US, notre compatriote ne cache pas sa satisfaction. La victoire d’Eli Tomac et le podium surprise de Jorge Prado à Anaheim 1, suivis une semaine plus tard d’un second succès consécutif pour Tomac, marquent peut-être plus qu’une simple bonne passe pour KTM mais plutôt un vrai changement de dynamique.
Quand Tomac gagne à Anaheim, De Coster ne parle pas de coup d’éclat, mais de logique. « Je ne suis pas allé à Anaheim en me disant qu’il allait gagner, mais je savais qu’il se battrait pour les premières places. » Ce qui impressionne De Coster, ce n’est pas seulement la vitesse de Tomac, mais tout ce qu’il apporte en coulisses. « Il donne le ton. Il montre l’exemple. Lui, son père, toute la famille, ce sont de vrais professionnels. Ce n’est pas un accident. Tout est planifié, toute la semaine. »
Dans une équipe KTM marquée par plusieurs saisons compliquées, ce leadership a un effet immédiat. « L’an dernier, j’étais inquiet. Tout le monde travaillait très dur, mais il y avait de la frustration. Chaque lundi, je me demandais qui allait venir me dire qu’il voulait arrêter. Aujourd’hui, tout le monde sourit. » Un détail ? Pas pour De Coster. « J’étais heureux pour moi, bien sûr, mais surtout pour le crew. Ils avaient besoin de ça. »
L’arrivée de Jorge Prado n’a jamais été une évidence. De Coster l’admet sans détour.« Il y avait des questions. Jorge a gagné quatre titres avec KTM, puis il est parti. Ensuite, il a voulu revenir. Et en Supercross, il a beaucoup souffert l’an dernier. » À cela s’ajoutait un certain scepticisme du côté de l’Autriche. « Certains n’étaient pas très contents, surtout parce qu’on se demandait s’il était prêt pour le Supercross. » Pourtant, le Belge insiste : ce podium n’est pas tombé du ciel. « Il a énormément travaillé cet hiver. L’équipe a compris ce qu’il cherchait. Et je ne pense pas que son podium soit un hasard. »
De Coster va plus loin. « Jorge est un très bon starter, techniquement très fort sur la moto. Il aime sa KTM, et quand un pilote aime sa moto, ça change tout. » Mais pas question de survendre le résultat. « La saison est longue. Le Supercross est dur. Il y a beaucoup de blessures. Rien n’est garanti. »
Tomac et Prado n’ont pas la même approche. Et De Coster le souligne. « Eli aime beaucoup de puissance. Plus que n’importe qui. Je suis parfois surpris qu’il puisse rouler avec autant de puissance en Supercross. » À l’inverse : « Jorge préfère des changements très subtils. Il ressent de petites différences et n’aime pas un moteur aussi agressif. » Deux philosophies opposées, mais une exigence commune : comprendre la moto à 100 %. « Notre travail, c’est de leur donner exactement ce qu’ils veulent, pas ce que nous pensons être mieux. »
De Coster reste fidèle à lui-même : prudent, presque méfiant vis-à-vis de l’enthousiasme. « Ce n’est qu’un début. Mais je sens quelque chose de différent. Il y a une énergie positive que nous n’avions plus. » Et en Supercross, cette énergie peut tout changer. « Quand une équipe est soudée, que chacun prend ses responsabilités, les résultats suivent. »
Anaheim et San Diego ne sont peut-être qu’un début. Mais pour Roger De Coster, une chose est claire : rien de ce qui arrive chez KTM aujourd’hui n’est le fruit du hasard.













