Hugues Dedobbeleer : « La préparation d’une machine pour les 12 Heures de la Chinelle commence deux mois et demi avant l’épreuve »

Alors que du 7 au 9 août prochains, les pilotes engagés sur les 12 Heures de la Chinelle nous feront certaine vivre à nouveau de grands moments de sports mécaniques, nous avons tendu notre micro à l’un des hommes de l’ombre de l’épreuve. Et pas n’importe lequel puisqu’il s’agit de celui qui a été l’artisan de plusieurs succès sur la prestigieuse épreuve d’endurance, celui à qui bon nombre de pilotes qui viennent à Franchimont pour la gagne confient leur préparation : Hugues Dedobbeleer.

Cette année encore, tu prépares près de treize motos en vue des 12 Heures de la Chinelle. À quoi ressemble une semaine de Chinelle pour toi ?

HD : La semaine de la Chinelle, c’est chaque année un plein d’adrénaline pour moi, c’est un éternel recommencement. C’est un peu du No Limit à vrai dire. »

Comment s’organise la préparation de toutes ces motos avant le départ ?

HD : « Préparer une moto pour la Chinelle, ça ne s’improvise pas. Ca commence en fait déjà deux mois et demi à l’avance. On fait les pré-commandes de pièces, on cale les rendez-vous, on prépare les suspensions en vue de la course. C’est beaucoup de réunions, pour le team, pour ma clientèle,… A savoir qu’il y a une ligne téléphonique spéciale entre Mickaël Despontin et moi qui ne va que crescendo pendant ces deux mois et demi. »

Quelles sont les principales différences entre la préparation d’une moto destinée à jouer la victoire et celle d’un équipage amateur ?

HD : « Pour moi, il n’a pas de différence fondamentale. Une moto pilote ou une moto client doivent être similaires. La qualité de mon accompagnement se doit d’être au max pour chacun. Interdiction d’utiliser des pièces usine. Le client doit retrouver son identité dans la moto de course. Les différences davantage se font sur les suspensions et les boitiers électroniques. »

Pendant les douze heures de course, quel est réellement le rôle d’un manager ?

HD : « Je n’ai pas la compétence d’être manager d’équipe, je délègue cette partie car j’estime que c’est un métier dans le métier. Par contre, je suis responsable de tous mes mécanos, de tous les choix techniques, choix des pilotes,… La tension est énorme car je ne cesse de penser et de repenser à la moto de chacun et j’espère toujours que les soucis resteront dans leur nuage. »

Quels sont les problèmes mécaniques les plus fréquents que tu rencontres pendant une telle épreuve ?

HD : »Mon expérience me permet de dire que les problèmes les plus fréquents sont : le frein arrière qui chauffe à cause d’un mauvais pilotage, les bib-mouss qui explosent ou se calcinent à cause d’un manque de graissage, une roue arrière qui casse à cause d’un manque de rodage et la plus sinistre des choses, c’est la poussière du circuit qui envahit les filtres à air et ne s’arrête pas là… » 

Selon toi, quelles sont les qualités indispensables pour réussir les 12 Heures de la Chinelle ?

HD : « En termes de qualités humaines : savoir prendre sur soi, être résilient, être obstiné et savoir se donner aux autres. Il ne faut pas oublier que c’est une course d’EQUIPE ! Le choix des personnes qui t’entourent est important. Il faut avoir confiance en chaque membre de la team et surtout savoir mettre sa carte d’identité de côté au profit de l’équipe ou de l’organisation. »

Tu as connu plusieurs générations de motos. Comment as-tu vu évoluer leur préparation et leur fiabilité au fil des années ?

HD : « J’ai eu la chance de toujours rouler avec de bonnes motos produites par de grandes marques fiables. Il est évident qu’une moto de 80 heures il y a 20 ans correspond à une moto de 400 heures de maintenant en termes de mécanique. J’ai la chance de faire partie d’un grand groupe autrichien maintenant, KTM pour ne pas le citer… »

Quel regard portes-tu sur l’arrivée de l’injection électronique, de l’électronique embarquée et désormais des motos électriques dans le monde de l’endurance ?

HD : « Concernant l’injection ou l’électronique embarqué, comme toute technologie, il a fallu s’y adapter les deux premières années. Maintenant, nous sommes arrivés à un très grand confort de fonctionnement. Pour les motos électriques, je les considère comme le Womanizer de ceux qui n’ont pas su faire fonctionner une moto à moteur à combustion, avec une petite pensée amicale pour l’équipage n°0 (rires). »

On parle souvent des pilotes, mais beaucoup moins des mécaniciens. Quel est, selon toi, leur véritable rôle dans la réussite d’une équipe ?

HD : « La réussite d’une équipe dépendra toujours de la qualité du travail effectué en amont par les gens de l’ombre, les mécanos, panneauteurs, cuisiniers, manager,… tout ce qui forme l’équipe. Ces gens représentent 85% de la réussite et 15% pour les pilotes. »

Quel est le plus grand défi auquel une équipe est confrontée pendant les douze heures de course ?

HD : « La première chose est la juste cohésion du groupe. Savoir faire face aux éléments qu’ils soient climatiques, mécaniques, relationnels,… Savoir garder l’envie jusqu’au bout. »

Quel conseil donnerais-tu à une nouvelle équipe qui souhaiterait participer à la Chinelle pour la première fois ?

HD : « Allez-y ! Foncez ! Pour moi, ça reste la meilleure expérience de pilote que vous pourrez vivre. Mais n’hésitez pas à aller voir les vieux de la vieille qui pourront vous guider, vous accompagner et vous donner quelques bons conseils. Surtout, considérez ça comme une balade. Mais, la plus belle des balades, au bois des rêves. »

Comment imagines-tu l’évolution des 12 Heures de la Chinelle dans les années à venir ?

HD : « Il est un fait que nous allons avoir de grands défis : le défi écologique, le défi économique et le défi de garder l’intérêt des médias, des marques de motos, des teams sans perdre pour autant l’identité des 12H. D’après ce que j’ai constaté cette année, je pense que l’équipe organisatrice a pris du galon avec le personnel qui s’est joint à elle. Je ne doute pas qu’ils auront à cœur de trouver des solutions à ces défis. »

Si tu pouvais améliorer une seule chose dans le monde de l’endurance moto, que changerais-tu ?

HD : « Je m’investirais à enseigner la convivialité. Malheureusement, c’est pour moi la chose en plus grande voie de disparition aujourd’hui. »

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