Le Dakar 2027 pourrait-il ne pas avoir lieu en Arabie saoudite ? Alors qu’aucune décision officielle n’a encore été communiquée par l’ASO, les incertitudes liées à la situation géopolitique au Moyen-Orient commencent à peser lourdement sur la prochaine édition du célèbre rallye-raid. Et selon Heinz Kinigadner, figure historique de KTM et aujourd’hui conseiller du constructeur autrichien, une annulation est désormais un scénario très concret.
Depuis février 2026, la guerre impliquant l’Iran, les États-Unis et Israël a profondément bouleversé la situation dans la région. Les conséquences se font déjà sentir dans le sport automobile : le Grand Prix de Bahreïn de Formule 1 a été déplacé à Sepang, tandis que le déroulement des Grands Prix du Qatar et d’Abu Dhabi reste incertain. En rallye-raid, le Rallye d’Arabie saoudite et la manche prévue à Abu Dhabi sont eux aussi sous pression.
Le Dakar, organisé en Arabie saoudite depuis 2020, se retrouve logiquement au centre des interrogations.
Interrogé par Speedweek, Heinz Kinigadner ne cache pas son pessimisme. « Personnellement, je m’attends à une annulation. Officiellement, il n’y a encore rien de décidé. » Une déclaration particulièrement forte venant de celui qui connaît parfaitement les coulisses du Dakar et les contraintes auxquelles sont confrontés les constructeurs et les équipes.
Pour Kinigadner, le principal problème ne se situe d’ailleurs pas du côté des pilotes. Même en cas de situation à risque, certains concurrents pourraient être prêts à prendre leurs responsabilités et à accepter personnellement les conséquences d’un déplacement en zone dangereuse.
Le véritable obstacle se trouve ailleurs : les assurances. Kinigadner fait le parallèle avec l’annulation du Dakar africain en 2008. À l’époque, alors que l’épreuve avait été annulée à la veille du départ pour des raisons de sécurité, les pilotes étaient prêts à signer une déclaration reconnaissant qu’ils assumaient eux-mêmes les risques liés à leur participation.
Mais une telle solution n’est pas envisageable pour une organisation de l’ampleur du Dakar. « Lorsque le rallye en Afrique avait été annulé à l’époque, les pilotes auraient tous accepté de prendre le risque à leur compte », explique Kinigadner. « Mais l’organisateur a un problème : dès qu’il y a des avertissements aux voyageurs, les assurances se retirent. » Et c’est là que la situation devient extrêmement compliquée pour l’ASO.
Le Dakar ne se limite évidemment pas à quelques centaines de pilotes et copilotes. L’organisation mobilise une véritable armée de personnel : équipes de production télévisée, commissaires, logisticiens, médecins, techniciens, responsables de sécurité, journalistes et différents prestataires.
« Tous les employés seraient alors sans assurance s’ils se trouvent dans une zone de crise », poursuit Kinigadner. « L’organisateur ne peut pas prendre cette responsabilité avec toute la production TV et le reste de l’équipe, soit quelques centaines de personnes. » Autrement dit, même si les pilotes étaient prêts à prendre le départ, l’organisation pourrait tout simplement ne plus être en mesure de garantir la couverture nécessaire à son personnel.
Des mécaniciens déjà réticents
À cela s’ajoute un autre problème : la volonté des membres des équipes de se rendre ou non en Arabie saoudite dans ces conditions. Kinigadner rapporte ainsi avoir eu des échos particulièrement préoccupants en provenance du paddock.
« Un des meilleurs pilotes automobiles m’a raconté que certaines personnes ne voulaient déjà plus y aller. Quelques mécaniciens ont déjà dit qu’ils ne se rendraient pas en Arabie saoudite. Cela va donc devenir difficile. »
Une situation qui pourrait rapidement avoir des conséquences concrètes pour les constructeurs engagés en rallye-raid. Un Dakar représente plusieurs mois de préparation, des dizaines de personnes par équipe et une logistique considérable. Il ne suffit donc pas de demander aux pilotes s’ils souhaitent prendre le départ : il faut pouvoir acheminer l’ensemble du personnel et du matériel, assurer leur sécurité et garantir leur couverture pendant toute la durée de l’épreuve.
Le temps commence également à manquer. Le Dakar 2027 doit se dérouler en janvier prochain et les constructeurs comme les équipes ont besoin de plusieurs mois pour finaliser leur préparation logistique. Une décision prise au dernier moment serait extrêmement difficile à gérer.
C’est pourquoi des informations de la part de l’ASO sont attendues dans les prochains jours. À ce stade, aucune annulation officielle n’a été annoncée, mais le simple fait qu’un acteur aussi proche de KTM et du Dakar que Heinz Kinigadner estime désormais qu’une annulation est probable donne une autre dimension au dossier.
Le scénario d’un Dakar 2027 maintenu en Arabie saoudite reste donc officiellement possible. Mais les questions de sécurité, d’assurance et de disponibilité du personnel pourraient finalement rendre cette option impossible.
La situation rappelle inévitablement celle de 2008. À l’époque, le Dakar devait s’élancer de Lisbonne pour rejoindre Dakar, au Sénégal. Face aux menaces terroristes pesant sur le parcours, l’épreuve avait été annulée à seulement un jour du départ.
L’annulation avait alors constitué un véritable séisme pour le monde du rallye-raid et conduit, à partir de 2009, au déplacement du Dakar en Amérique du Sud.
Cette fois, le contexte est différent, mais la problématique est similaire : si les autorités émettent des avertissements déconseillant les déplacements vers la région, l’ASO pourrait se retrouver dans l’impossibilité d’assurer les conditions nécessaires au déroulement du rallye. Pour l’instant, aucune alternative officielle n’a été annoncée et l’Arabie saoudite reste le cadre prévu pour le Dakar 2027.
Mais à quelques mois du départ, une chose est désormais certaine : le Dakar 2027 est confronté à une menace bien réelle, et Heinz Kinigadner ne croit pas beaucoup à son maintien dans les conditions actuelles.




