Rallye-raid - Dakar 2019

Dakar : Julien Toniutti, d’un extrême à l’autre

Dakar : Julien Toniutti, d’un extrême à l’autre
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Au moment où beaucoup d’entre nous formulent leurs bonnes intentions pour la nouvelle année, il ne fait jamais de tort de s’inspirer un peu! Julien Toniutti, quintuple champion de France des Rallyes Routiers, n’est pas un rêveur mais bien un faiseur. Le recordman français du Tourist Trophy sur l’île de Man n’avait aucune expérience tout terrain avant cette année. Malgré tout, Toniutti est sur le point de réaliser l’un de ses rêves en prenant le départ du Dakar, le rallye raid le plus difficile au monde.

Il y a onze ans que Julien a débuté la compétition moto en championnat de France des rallyes. Il y a deux ans, il passait au mythique Tourist Trophy et maintenant il a le Dakar en ligne de mire. D’un tour de piste parcouru à une vitesse moyenne de plus que 200 km/h aux dunes du Maroc, le pilote Shot Race Gear relève tous les défis. Ou, selon ses propres dires: “Le plus grand risque dans la vie, c’est de ne pas en prendre.”

Moins connu que certaines autres disciplines, le rallye routier est un forme de compétition très particulière.

Toniutti: “Le rallye routier, cela se passe sur de petites routes, très sinueuses, très techniques où l’on va beaucoup moins vite qu’au Tourist Trophy. Mais ça reste une course sur route et il y a toujours des dangers. Faire une erreur et prendre un arbre à 120 km/h en rallye ou en prendre un à 220 km/h au Tourist Trophy, je pense que le résultat est de toute façon le même! Quoi qu’on fasse, on doit toujours prendre une marge importante. C’est ce que je vais faire au Dakar aussi.”

Tu fais partie de 2B Moraco, un équipe qui est très expérimentée en matière de tout terrain, de motocross ou d’enduro.  Cela doit être un atout pour progresser?

Toniutti: “C’est toujours important d’être bien encadré. Mais je suis débutant dans tout ce qui est tout terrain et ça compte donc beaucoup pour toute la préparation physique, toute la technique, comme pour tout ce qui touche à l’équipement. Le Team 2B me permet de rouler dans les meilleures conditions même si je suis complètement amateur dans cette discipline.”

En avril, tu disputais le Merzouga au Maroc, le premier rallye-raid de ta carrière. C’est là où tu as obtenu ‘le passeport’ pour participer au Dakar. Comment cela s’est-il passé?

Toniutti: “En fait, je savais que ce serait une belle aventure mais je ne savais par contre pas si j’allais être capable de terminer la course. Je ne savais pas à quoi m’attendre. Du coup, il y avait beaucoup d’incertitude. Je m’étais très bien préparé physiquement pour essayer de compenser le manque de technique. Le fait de terminer cette course était rassurant, même si je sais que le Merzouga est une toute petite course en comparaison avec ce qui m’attend au Dakar!”

Les différences en termes de pilotage entre ce que tu connaissais et le tout-terrain sont énormes. Qu’est-ce qui est le plus difficile?

Toniutti: “Entre la route et le tout-terrain, c’est un peu comme comparer le foot et le rugby. Ce sont deux sports qui se jouent avec un ballon mais pas de la même manière! Le pilotage tout-terrain n’était pas simple au début. Il est tellement différent du pilotage sur route, ne serait-ce que dans la gestion de l’adhérence. Ce qui m’a le plus impressionné au Merzouga, ce sont les dunes. Je découvrais complètement le sable et cet aspect technique m’a imposé d’être super attentif et surtout observateur. Finalement, il est évident que pour comprendre les dunes il faut des heures et des heures de pratique. Maintenant, ça va beaucoup mieux. J’ai appris et je commence à avoir un peu d’expérience.”

Le Dakar, c’est aussi un long combat contre la fatigue. On arrive tard au bivouac où il faut composer avec le bruit des réparations qui se font juste à côté durant la nuit alors que le lendemain on doit repartir tôt. Est-ce qu’il est possible de s’entrainer pour cela?

Toniutti: “Effectivement, ça fait partie du caractère extrême de cette course! Il n’y a pas d’autre course où on fait autant de kilomètres tous les jours. Cela fait partie des points qui seront délicats à gérer.”

Raconte-nous en un peu plus sur ta moto pour le Dakar.

Toniutti: “C’est une moto qui est déjà tout équipée puisqu’il s’agit d’une KTM 450 rallye raid. La moto est prête pour le rallye, vendue comme cela. Je pense que c’est une des meilleures motos pour ce genre d’épreuves. Il y a un grand réservoir,  une ligne Akrapovic, un pack navigation.”

Par contre, tu as une bonne base en ce qui concerne la navigation grâce aux rallyes routiers.

Toniutti: “Oui, tout à fait. Dans le Dakar, la navigation, c’est probablement ce qui me dérange le moins. J’ai l’habitude de gérer cela depuis dix ans déjà en championnat de France des rallyes. On roule avec des roadbooks et j’ai toujours l’habitude de rouler avec un oeil sur le roadbook et l’autre oeil sur la route.  Bien sûr, cela ne veut pas dire non plus que je ne peux pas faire des erreurs de navigation! La seule différence qu’il va y avoir avec les rallyes routiers, c’est qu’au Dakar il y a la navigation au cap.”

A première vue, le Tourist Trophy et le Dakar sont totalement différents mais en termes de planning et de gestion globale, cette expérience au TT doit être un plus.

Toniutti: “Certainement! Forcément, l’expérience acquise au Tourist Trophy aide pour d’autres courses extrêmes comme le Dakar. Au niveau mental, ça va m’aider, c’est clair. Quand on a fait une course comme le Tourist Trophy, l’une des course les plus dangereuses au monde, on se sent après cela capable de beaucoup de choses! Même si je sais que le Dakar sera difficile et si je ne sais pas si j’arriverai au bout parce que physiquement, c’est très exigeant. Mentalement, je n’ai pas trop de problèmes à ce niveau. Je pense que je partirais avec beaucoup plus d’appréhension si le Dakar était ma première course extrême.”

Quel a été ton programme pour apprendre le tout-terrain le plus vite possible ? On t’a même vu dans un test dans Enduromag !

Toniutti: “Je roule deux ou trois fois par semaine en enduro. Juste pour le fun, j’ai participé à l’Aveyronnaise Classic. En octobre, je suis retourné pour une petite semaine au Maroc avec le team pour bosser la navigation et le franchissement de dunes. J’ai aussi passé un peu de temps chez Serge Nuques, dans le Sud-Ouest, pour continuer à travailler mon pilotage dans le sable. A côté de cela, je fais aussi beaucoup de vélo, du footing, de l’entraînement en salle, du renforcement musculaire…”

Est-ce que tu peux donner des conseils aux motards routiers qui souhaiteraient passer au tout-terrain?

Toniutti: “(rires) Aujourd’hui, c’est difficile pour moi de donner un conseil! Pour l’instant, je suis encore en phase d’apprentissage. J’espère que je pourrai dire quelque chose à ce sujet après avoir fait le Dakar. Je me sens encore trop amateur et débutant pour l’instant.”

Qu’est-ce qui t’attire le plus dans le Dakar?

Toniutti: “Le dépassement de soi. L’engagement et l’implication nécessaires pour moi pour franchir la ligne d’arrivée. Pour moi, ça sera une vraie victoire que de pouvoir terminer cette course.  Ce sera la première fois qu’un pilote dispute à la fois la course la plus extrême sur la route qui est le Tourist Trophy et la course la plus extrême en tout-terrain qui et le Dakar. Ce n’est jamais arrivé jusqu’à présent. Déjà, dans un vie de motard, si on a fait une de ces deux épreuves, on peut dire qu’on a fait des belles choses. En tout cas, participer aux deux, ce sera une première!”

Merci pour ton temps et bonne chance pour le Dakar, Julien!

Toniutti: “C’était un plaisir!”

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